Chaque fois que je vois une information, vraie ou fausse répétée à l’envi, je me sens perplexe. 
Se tenir informé est bien entendu important. Cependant, quel intérêt peut-on réellement trouver à diffuser et rediffuser une information, le plus souvent non fiable, non vérifiée, parfois vieille de plusieurs années ?
Est-ce là une manière de se rassurer ? De se faire croire qu’on ne fait pas partie de ceux à qui on peut « faire avaler des couleuvres » ?
Si tel est le but, alors chaque information diffusée devrait être dument vérifiée et actualisée. A défaut ne passe-t-on pas justement pour encore plus facile à duper ?
En admettant que les informations passées et repassées en boucle sur les réseaux sociaux soient fiables, l’actualité n’étant pas si riche, on peut augurer que personne n’est dans l’ignorance désormais. Alors pourquoi continuer à la propager comme un virus ? Ne serait-il pas plus fécond de proposer des solutions, des alternatives à la situation ?
Profiter de la puissance possible des réseaux pour tenter de construire ensemble un nouvel avenir ?
À quoi sert-il de se plaindre d’être manipulés par la peur et le mensonge si c’est pour faire tourner en boucle à notre tour des informations alarmistes, voire totalement fausses, comme le font les médias que nous critiquons allègrement, sans les assortir de propositions originales ?
Oui, originales. À situation inédite, réponse inédite ? Pourquoi ne pas tous se mettre à se creuser la tête et montrer que l’on peut faire mieux que ce qu’on dénonce en suggérant des solutions qui sortiraient totalement du cadre, de ce qu’on a toujours connu ?
Serait-ce que se plaindre est plus confortable que de tenter de construire un monde nouveau ?
Il est vrai, que nouveau signifie vraisemblablement que ce sera inconfortable au moins un temps.
Toute nouveauté demande un temps d’adaptation, demande de « l’osance ». Imaginer un monde différent de celui que nous connaissons nécessite de se démarquer vraiment, de s’engager dans une sorte de démarche dont on ne sait jusqu’où elle nous mènera. A tout le moins cela demande de s’afficher. Sortir du bois. Oser dire ce qui nous anime. Prendre le risque de faire face à une opposition sévère. Celle de tous ceux qui ne proposent jamais, ou rarement et en tout cas pas au-delà du déjà vu, mais sont toujours prompts pour la critique. A chacun sa façon de participer après tout.. 
C’est qu’il n’est pas si facile de poser la première pierre d’un édifice. Ce n’est pas rien de remettre en cause ce qui a été notre vie jusqu’à il y a un ou deux mois. Tout , absolument tout remettre à plat. Même si on s’accordait à dire que cela ne pouvait pas durer, on ne pensait pas vraiment que cela arriverait si vite, que cela nous arriverait à nous. Pourtant, aujourd’hui, si l’on se pose deux minutes, si on fait silence quelques instants, alors l’énormité de la situation mondiale nous apparaît. Du jamais vu.  
De quoi entrer dans l’histoire si toutefois demain on trouve encore quelque intérêt à enseigner cette matière.
C’est vrai, ce n’est pas simple de tout changer en cours de route, en cours de vie. Cela ne se fera que partiellement sans doute pour nous. L’amorce d’un grand changement de regard sur le monde, sur la notion de peuple, sur le sens du mot « humain » et de tous nos référentiels. Le sens de l’éducation que l’on reçoit et perpétue au fil des générations. La façon dont nous occupons notre temps, les lieux que nous habitons, nos façons de nous nourrir, de préserver notre santé, nos relations aux uns et aux autres et plus largement au vivant.  
Aux siècles précédents, des hommes, des enfants, peut-être des femmes aussi, ont commencé à bâtir des églises, des châteaux, des temples, des palais ou autres selon l’endroit où ils sont nés sur la planète. Ils savaient qu’ils ne verraient jamais l’ouvrage terminé. Plusieurs générations se sont succédées au fil de la construction sur un même bâtiment. Les mêmes que nous admirons et visitons aujourd’hui encore. Chacun a laissé son empreinte, sa trace, son énergie comme un message à la postérité.
Rien ne se bâtit en un jour. Les grandes œuvres nécessitent beaucoup de pugnacité, d’efforts réunis et, aussi sans doute et par dessus-tout, d’un rêve commun.
Aujourd’hui, la Vie nous donne une opportunité extraordinaire. A la fois elle nous montre notre insignifiance face à l’infiniment petit, face à l’invisible. 
Elle met l’accent sur nos grandes facultés d’autodestruction.
Mais à bien y regarder, elle nous montre aussi, que nous sommes capables de grandeur quand nous sommes mus par un rêve commun.
Alors peut-être est-il temps d’aimer vraiment nos générations futures, et de commencer à imaginer un monde qui sera accueillant pour elles, et pour tous, au plus tôt. Qu’importe qu’un grand nombre de nous ne voit pas son aboutissement. La Vie est de toute façon en évolution constante et au fil du temps, tel un monument, les plans évolueront sans doute pour se plier à de nouvelles réalités dont nous ignorons tout aujourd’hui.
Mais quelle fierté, quelle joie de voir s’ébaucher ses contours. Quelle indicible joie de voir à quel point nous sommes capables du meilleur si nous décidons de nous unir dans un même mouvement vers un but élevé.
Un mouvement au service de nous-mêmes, de l’humanité, et plus largement de la Vie.
Au début, nous serons peut-être peu nombreux. Certaines idées feront peut-être sourire et qu’importe ?
Quand les premiers architectes ont présenté les plans d’une cathédrale, d’un palais, d’une pyramide, ne pensez-vous pas qu’ils ont du susciter des réactions pour le moins étonnées, incrédules ?
Ne pensez-vous pas qu’ils aient eu à argumenter encore et encore pour que leurs plans soient reçus comme réalisables ?
Notre défi d’aujourd’hui est-il tellement plus grand ? 
N’y a-t-il personne pour oser penser en grand ?
Nous le pouvons, si nous le voulons. Inutile d’attendre d’être mille. Il suffit de commencer, d’initier l’élan sans avoir peur de rêver le meilleur.
Comme le disait Oscar Wilde :
« Il faut toujours viser la lune, car en cas d’échec, on atterrit dans les étoiles ».

Angélica Mary.

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