Tout événement nouveau, générateur de changement, réveille nos peurs de l’inconnu. Il peut aussi stimuler notre créativité.

Soit on résiste et souffre. Soit on accueille et rebondit

Depuis longtemps on se dit que le monde est fou, ce qui laisse supposer que l’on en souhaiterait un autre. Est-ce si sûr cependant ? Si oui, à quel autre aspirons-nous ? Est-ce que cela implique que nous imaginons vraiment notre vie, notre quotidien, nos repères totalement différents  d’aujourd’hui ? Où pensons-nous que le monde autour doit changer sans que cela n’ait de réel impact sur nos vies ?

En fait, on ne se pose pas vraiment la question. On veut que cela change, on le dit, on s’en convainc, mais sans vraiment y penser, sans réelle consistance. Souvent cela reste une figure de style. Une façon de manifester et d’exprimer un mal-être qu’on ne s’explique pas vraiment et surtout auquel on n’imagine pas qu’il puisse y avoir de vraies solutions.  On cherche des raisons à notre malaise chronique dans « la vie », « les autres », « le monde d’aujourd’hui »,  à l’extérieur de nous, sans comprendre vraiment, que le monde, les autres, c’est nous. Quant aux moyens nécessaires, aux mesures possibles à mettre en œuvre, aux comportements et habitudes auxquels nous devrons renoncer, pour l’avènement d’un monde meilleur, on ne les imagine pas vraiment, voire pas du tout. 

Il faut que cela change. On le répète comme un leitmotiv. « Cela », les choses, le monde… pas nous. 

Nous, on ne peut rien. On fait chaque jour ce qu’on peut, on se sent et se croit impuissant.

De toute manière la vie va trop vite pour prendre le temps de s’interroger sérieusement et de remettre en cause nos comportements. On rentre du travail l’esprit encombré,  accablé, et on n’a qu’une envie, ne plus penser à rien. Quand on est en marge de cette société « active » on se démène ou pas, selon le degré d’espoir qu’il nous reste, pour tenter d’y trouver sa place. Le point commun des uns et des autres, c’est le désir de s’assommer pour ne plus penser devant la télévision, derrière nos écrans, se noyer dans la vie rêvée des autres en alimentant nos frustrations, ou au contraire, se rassurer en regardant la vie honnie des autres.

La seule chose que l’on tient pour vraie, c’est notre obligation à nous lever chaque matin pour aller faire un travail qui nous convient ou pas,  vaquer à toutes nos occupations et « obligations » dont on ne se demande même plus depuis longtemps si elles nous plaisent vraiment ou pas, si elles sont utiles ou pas, à nous, au monde, et comment on pourrait vivre autrement. 

Et voilà qu’aujourd’hui, partout sur la planète le monde ralentit, se replie.

Merci au coronavirus qui nous permet de nous arrêter.

Il nous offre du temps dont on peut tirer profit pour respirer calmement, pour faire le point sur la façon dont nous menons nos vies. Mettre de l’ordre dans nos pensées, nos envies, nos rêves et  redessiner notre monde. Pas pour changer une ou deux bricoles qui ne feront pas vraiment de différence. Pas pour innover quelques nouvelles réformes. Non. Tout repenser. On le sait, nous ne pouvons plus continuer à produire et consommer comme nous le faisons depuis trop longtemps, au dessus des moyens des nations autant que des ressources planétaires. Qu’on le veuille ou pas, l’effondrement nous guette. Doit-on attendre qu’il survienne ? On le sait sans y croire vraiment. On l’imagine pour un futur plus ou moins lointain, pas de notre vivant. Non pas qu’on le souhaite aux générations futures, mais de là à ce colleter avec cette réalité dont on ne sait comment se dépatouiller….  La difficulté consiste donc à saisir l’opportunité de nous réinventer, de créer ce monde meilleur que nous évoquons sans cesse. Un monde juste, un monde sain. Il nous appartient de le bâtir. Aujourd’hui est une opportunité exceptionnelle de réfléchir et de construire ensemble un nouveau monde.  Nous pouvons trembler de peur et rester planter devant tous nos écrans. Attendre qu’on nous autorise à reprendre le cours de nos vies là ou nous l’avons laissé. Espérer qu’une solution miracle arrive on ne sait d’où et attendre la tête dans le sable, la prochaine catastrophe.  Nous pouvons aussi comprendre que le coronavirus n’est qu’une épine de plus dans le pied de notre monde en péril, prendre conscience de notre responsabilité collective et individuelle dans ce qui est, et ce qui sera. C’est à dire saisir notre chance de prendre en main notre présent pour que le monde dans lequel nous vivons ressemble à celui dont nous disons rêver. Un monde où chacun et chaque chose a sa juste place. La situation actuelle nous offre cette magnifique opportunité. Non seulement nous savons faire face à la maladie, à une pandémie, mais en plus cela nous permet le temps de la réflexion. Saurons-nous gérer l’effondrement de nos sociétés sans violence ? Pourquoi attendre l’inéluctable ? Aujourd’hui, nous pouvons commencer à imaginer et organiser le nettoyage et la réparation de notre planète. Elle est comme un corps géant dont les humains seraient une partie des cellules qui la constituent. De même que notre corps abrite un monde de cellules qui agissent sans que nous ayons à intervenir, on peut voir l’être humain, qui fait partie du règne animal, comme une part des cellules du grand corps qu’est la Terre, au même titre que les végétaux, les minéraux et tout ce qui la constitue. Parfois certaines de nos cellules déraillent dans leur fonctionnement et nous sommes malades. Nous détruisons alors les cellules défaillantes ou les soignons afin de retrouver la pleine santé. Nous pouvons estimer que les cellules humaines dysfonctionnent depuis longtemps et sont pathogènes pour la planète et toutes les autres éléments qui la constituent. Alors la Terre, ce corps que nous habitons est malade et nous souffrons. Ce qui détériore la planète nous détruit. Si nous disparaissons elle continuera,  sans nous. Nous avons aujourd’hui l’opportunité exceptionnelle de profiter de cette alerte majeure que représente les événements actuels pour tout changer. Organiser notre monde autrement.

Comprendre qu’il n’y a pas d’un côté la planète, la nature et nous.

Il y a la planète dont nous sommes une partie. Nous sommes une part indissociable d’elle. Sans elle nous ne serions pas.

Le miracle, c’est nous, c’est la Vie en nous. Pas nos vies. Alors apaisons nos peurs, accueillons notre puissance de Vie. Mettons-nous à l’œuvre.

Texte et photo – Angélica Mary

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