Celui qui manque de confiance en lui-même n’a pas moins d’ego que celui qui a confiance en lui. Peut-être même en a-t-il plus.
Celui qui parle mal de lui-même, se dévalue, n’a pas moins d’ego que celui qui se surévalue, se vante de mille qualités.
En fait ils sont un peu les mêmes tout en s’exprimant de manières contraires. Ils seraient un peu l’un pour l’autre la photo et son négatif.
Pour parler de soi en se valorisant ou en se dévalorisant il faut avoir une conscience d’exister tout en se croyant en dehors de la création du fait même de son particularisme.
Cependant nous sommes tous des êtres particuliers, tous différents et semblables à bien des égards, tous issus de la création.
La création ne commet pas d’erreur.
Elle est parfaite, il n’est qu’à regarder la nature dont nous sommes une part, pour s’en convaincre.
Une graine qui porte en elle le futur d’une fleur parfaitement conçue aux couleurs et parfums irrésistibles pour des insectes particulièrement étudiés qui viendront se régaler du nectar de l’une pour polliniser l’autre.
Cette autre graine qui contient le programme complet du chêne qu’elle deviendra parfaitement formé du tronc, des branches et des feuilles propre à cet arbre. L’oiseau pensé pour voler de jour ou de nuit selon sa nature.
La chenille et son long processus de transformation pour devenir papillon et tant d’autres choses absolument parfaites.
Chaque espèce minérale, végétale, animale est précisément dotée des éléments et équipements nécessaires à son existence. Chaque individu de quelque espèce que ce soit est conçu pour vivre dans l’environnement aussi hostile soit-il, dans lequel il prend vie, et pour y trouver tout ce qui est nécessaire à son existence dans un équilibre naturellement parfait.
En regardant vraiment la nature il y a de quoi s’extasier à longueur de temps, il en va de même en observant la créature que nous sommes.
Si nous cessions un instant de nous croire en dehors de la création de manière plus ou moins consciente, nous réaliserions à quel point nous sommes des créatures admirables ne serait-ce que par nos fonctionnalités.
Cependant, inconscients plus ou moins de la perfection que recèle notre corps, nous ne développons pas nos infinis potentiels intellectuels. Au mieux, nous nous contentons d’apprendre ce que d’autres ont dit ou écrit avant nous, et éventuellement de l’enrichir, pour les cerveaux les plus entraînés, les plus curieux et ouverts. Ouverts au sens d’oser chercher toujours plus loin en soi, des réponses qu’on ne peut trouver nulle part ailleurs quelle que soit leur nature. Ouverts, au sens d’oser remettre en cause chacun de nos apprentissages comme étant les meilleures connaissances de l’instant susceptibles d’obsolescence l’instant d’après.
Oser des questions qui nous permettrons de constater que contrairement aux autres espèces vivantes qui n’ont aucune prétention à être nulles ou intelligentes, nous sommes les seuls à œuvrer pour notre destruction plutôt qu’à notre sauvegarde.
A force d’ignorer notre perfection de fait, ne serait-ce que celle de notre corps et de ses fonctionnalités, nous avons voulu nous parfaire, nous « augmenter » jusqu’à détruire notre équilibre interne naturel autant que celui de notre environnement. Chaque jour, nous nous alimentons de poisons tant nutritionnels qu’intellectuels. Nous nous inventons mille imperfections, des complexes, des besoins pour palier les manques induits par nos défauts réels ou supposés, créés par nos soins pour nous singulariser, puis nous nous comparons pour essayer de nous consoler en tentant de trouver plus nuls que soi.
Nous évoluons comme frappés d’une sorte de cécité qui nous prive de reconnaître notre infinie créativité et nous pousse à l’imiter en vain. Un peu comme un maître artisan oublierait tout de son art et redeviendrait un apprenti maladroit, gâchant plusieurs fois l’ouvrage avant d’en réaliser une pâle imitation de ce que son talent initial lui permet.
Au nom de notre supposée intelligence, nous renonçons à nos vraies capacités comme si elles étaient fantasques. Là s’exprime le pire sabotage de notre ego à tous. De peur de notre immensité nous nous limitons à la part congrue de nos capacités.
A vouloir être nous oublions d’être, nous oublions que nous sommes.
Il suffirait pourtant de s’arrêter quelques instants et de considérer ce que nous sommes réellement, un maillon de la chaîne, un élément de la création au même titre que les minéraux, végétaux, animaux. Prendre conscience de notre perfection originelle et la préserver en préservant tout ce qui est. Alors nous pourrions abandonner les comportements limitants de notre ego qui nous pousse à la mesquinerie ignorant tout de notre infinitude. L’humanité tout entière pourrait enfin jouir de tout ce qui lui est offert en toute liberté, dans le respect de tout ce qui « est » et mobiliser toutes ses facultés pour créer à son tour toutes sortes de choses pour améliorer encore les conditions de tous ou pour le seul plaisir de créer et d’utiliser cet infini potentiel que nous sommes et dont aujourd’hui encore nous ignorons l’essentiel.
Texte et photo – Angélica Mary

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