A peine voulons parler de l’indicible, cette réalité subtile, que les mots se refusent, fuient comme on fuit la vie de peur de mourir, comme on fuit l’amour de peur de souffrir.

Nous voudrions une vie qui pétille, qui scintille. Une vie qui nous surprenne, une vie vivante et pourtant nous la rendons la plus lisse possible. Nous fermons toutes les portes à l’imprévu car l’imprévu nous fait peur. 

Nous voulons garder le contrôle de nos vies sans comprendre que tout ce 

qui nous rassure nous enferme aussi sûrement que les portes de nos maisons, les murs autour, nos maisons elles-mêmes, nos agendas surchargés qui ne laissent aucune place à l’inattendu. 

Nous nous étourdissons et enchaînons les activités, les « obligations », les plaisirs factices, éphémères jusqu’à l’épuisement. Nous voulons remplir le temps jusqu’à croire que nous en manquons. Nous tentons de combler ce manque constant au fond de nous  issu de notre absence à nous-même.

Nous refusons de penser de peur de nous perdre. Nous renonçons à être.

Nous courons en tout sens, étourdis, sans rien voir ni rien goûter du temps qui nous est imparti ici, dont nous ignorons la durée, et qui nous semble de toujours trop court. Paradoxalement, nous ne prenons le temps de rien, nous ruinons le temps, nous le désertons, le refusons, nous courons après lui dans l’espoir qu’il ne nous rattrapera pas.

Nous voulons du temps sans vouloir le prendre de peur du vide incommensurable de nos vies à l’apparence si remplies. Nous fuyons l’absence,  le néant. 

Nous voulons faire notre vie et ne faisons que la défaire. Nous la renions, l’évitons, nous en détournons.

Nous fabriquons une vie générique, un ersatz de vie, sans relief, prévisible, sans saveur, inodore, incolore, sans émoi. Nous passons, sur la pointe des pieds. Nous restons à la surface, à la périphérie de la Vie.

Pourtant cette parenthèse terrestre à tant à offrir à qui ose toute la gamme de ses émotions de la joie la plus pure à la tristesse la plus profonde, de la paix à la colère la plus violente.  Des éclats de rires aux larmes, nous nous apprenons. 

Il nous faut cesser de vouloir tout et plus, de nous crisper sur des besoins et désirs illusoires, qui nous font passer en aveugles devant tout ce que nous recherchons au fond. C’est abandonnant nos tensions vers l’artifice que nous pouvons  enfin accueillir et jouir pleinement de tout ce qui est, tout ce que la Vie nous offre et ne voyons pas.  C’est comme si nous cherchions à forcer une fenêtre pour entrer dans une maison dont la porte est grande ouverte. Il nous faut cesser de planifier à outrance.  Cesser  de faire pour mille raisons et ne faire que pour faire. Dans la joie de faire.

Accueillir le vertige de l’ignorance de demain, du vide. Ne rien attendre, juste être curieux de ce que chaque instant nous proposera. 

S’en remettre entièrement à cette part de nous qui sait sans que nous sachions, dont nous avons connaissance, que nous pressentons, sans pouvoir la connaître vraiment. 

Accepter cet inconfort-là, quasi permanent au début, jusqu’à trouver notre point d’équilibre, d’harmonie.

Quand nous sommes dans l’accueil, quand nous acceptons que le contrôle est un leurre, que nous renonçons à faire semblant, quand nous acceptons pleinement la sensation du vide, alors nous faisons de l’espace au contentement qui peut enfin survenir. 

Nous accueillons chaque jour comme une surprise à découvrir, à observer, à ressentir.

Le frisson est là.  Plus besoin d’artifices, de substances licites ou non pour trouver le vertige qui s’offre à nous naturellement, que nous recherchons de mille manières tout en le fuyant. L’ennui n’existe plus.

Nos sens s’affûtent, s’affinent et nous offrent un panel d’émotions allant du plus subtil au plus tangible.

Nous rencontrons notre vraie puissance. Notre vie s’expanse à l’infini.

Texte et photo – Angélica Mary

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