« Nos attachements », au pluriel, car nous vivons sans nous en apercevoir attachés de toute part, à toute chose, comme un insecte pris dans une toile d’araignée.

Nous sommes attachés à tant de choses qui nous perdent toutes un peu. Se détacher c’est avant tout se libérer de tout ce qui nous sépare de nous-même, et  in fine, des autres.

Nos attachements sont divers et variés. Nous sommes attachés autant à appartenir qu’à posséder.

Appartenir à une catégorie, une espèce, un clan, posséder des idées, des choses, des liens, des amitiés, des amours et tant d’autres choses.

Vivre avec nos attachements, c’est un peu comme traverser un fourré qui nous empêche de pénétrer notre immensité et nous dépouille de notre substance.

Chaque épine nous griffe et retient un peu de notre peau.

On laisse des morceaux de nous un peu partout.

On s’éparpille jusqu’à ne plus savoir se rassembler, jusqu’à oublier que l’on « est »

au-delà, par-delà tous ces liens qui nous emprisonnent et nous privent d’une part de nous.

Se détacher dans le domaine affectif,  c’est se libérer et libérer les autres, de toutes emprises. Quand on est libre, c’est à dire « nu » au sens biblique du terme, authentique, que l’on peut se montrer tel que l’on est, sans faux semblant, alors, on peut aimer l’autre tel qu’il est, sans vouloir le changer, le contrôler.

Vouloir changer l’autre, les autres, c’est aimer un fantasme.

Quand il s’agit du détachement des choses matérielles, du confort, cela ne nécessite pas de renoncer aux biens terrestres, seulement de ne pas s’identifier à eux, de ne pas dépendre d’eux.

Aimer les objets pour eux-mêmes, et non pour qu’ils nous apportent la reconnaissance d’autrui.

On a pour habitude de juger l’autre à l’aune de ses possessions, de ses apparences générales, et souvent nous possédons les choses pour être valorisés par elles. Alors nous nions notre propre valeur qui est pourtant tellement inestimable.

Nous nous déconsidérons, nous nous abandonnons nous-même.

Nous renonçons à l’amour de nous par nous-même et par les autres, au profit de l’amour de nos biens et si nous les perdons, nous nous perdons avec eux.

Quand nous sommes attachés à nos croyances, à nos habitudes, nos conjectures, nos certitudes, nous nous dépossédons de nos facultés de penser, de nous ouvrir au monde, de nous interroger.

Nos réponses toutes faites nous ferment toutes les portes de la connaissance qui nous est pourtant naturelle.

Elles nous font confondre, suppositions et intuitions.

Elles invitent autrui à aimer une image, une construction de nous qui n’est pas nous.

Il en va ainsi de tous nos attachements.

Ils sont autant de tentatives de nous protéger de l’inconnu, du rejet possible des autres, et nous éloignent pourtant de nous, de tous et de tout.

Ils sont comme autant des vêtements superposés destinés à nous protéger du froid.

De la même façon que le froid ne peux toucher notre peau, nos attachements érigés comme autant de protections entre notre « être » et nous,  nous empêchent de nous approcher de nous-même, de tous,  et d’être approché par autrui.

Les attachements sont des freins  puissants à l’amour, des obstacles, des barrières dressées entre soi et soi, soi et autrui.

Ils sont l’illusion de l’amour, un ersatz.

L’amour des choses, comme des êtres, est libre de toutes raisons, de toutes attentes, de toutes exigences.

Se détacher des apparences, de nos croyances sur ce qui doit être, c’est cultiver cet être que nous sommes, au sens de prendre soin, comme on cultive une fleur, un arbre, pour qu’ils s’enracinent profondément, solidement, avant de s’épanouir, de s’élever et de s’offrir au monde.

Se détacher de tout et de tous, permet un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur, de soi vers autrui, généreux, désintéressé en même temps qu’il autorise l’autre à toucher le cœur de soi.

Se détacher, c’est « être » pleinement.  Être, c’est aimer, libérer l’amour en nous pour l’offrir en partage et pouvoir accueillir l’amour d’autrui sous quelque forme que ce soit.

 

Angélica Mary

Illustration Julien Tabet

 

 

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