J’ai des questions qui n’appellent pas vraiment de réponses.  Nous avons tous des réponses bien-sûr. Trop assurément. Moi aussi j’en ai. Et je m’en méfie. Je m’en tiens éloignée le plus possible. Je préfère les questions. Elles me gardent l’esprit ouvert, curieux, vigilant.

Elles me rappellent ce que je ne veux pas devenir, là où je ne veux pas aller. Elles me rappellent d’être attentive, présente pour ne pas me perdre par inadvertance.

Je me promène sur le net et je vois des assertions qui m’interrogent dont la plus récurrente est sans doute : « On nous manipule ».  

Oui certes, on essaie en tout cas. Dès lors que nous savons qu’on veut nous  manipuler, est-on encore manipulable ? Que faisons-nous pour éviter de l’être ? Pour ne pas nous laisser faire ? Comment passer entre les mailles de la manipulation  organisée et rester soi ?

« On ne peut pas mentir à un (e)  empathe. »  « Les hauts potentiels sont plus  dépendants affectivement ». « Les hypersensibles… cela. » « Les personnes sensibles… ceci. » etc…. Tout y passe. 

Avons-nous donc tellement besoin d’étiquettes, comme des produits de supermarché ?

Chacun y va de son jugement de tel ou tel autre. Chacun donne son avis bien tranché sur chaque situation. A t-il était précédé, étayé,  d’une vraie réflexion ?  Qu’avons-nous comme éléments pour porter un jugement sur qui que ce soit ? 

Depuis quand pensons-nous connaître  la vérité sur quelqu’un ou une situation après avoir seulement écouté les ragots des médias que l’on accuse par ailleurs de nous manipuler ?

 Si nous nous savons manipulés par autrui pourquoi acceptons-nous de rentrer dans la danse ? 

Je vois passer des informations qui voudraient passer pour des scoops alors qu’elles sont datées de plusieurs années. La dernière à m’avoir surprise avait 10 ans déjà. 

Il nous est pourtant facile de nous assurer de la fiabilité des informations que nous véhiculons, notamment quand il est question de date. Ne pouvons-nous pas vérifier systématiquement avant de nous laisser aller à partager une information ?

Comment dire que nous sommes manipulés quand nous ne prenons pas le soin de vérifier ce que nous publions alors même que nous en avons tous la possibilité et que cela se révèle plutôt simple ?

Quand la véracité de l’information ne nous est pas certifiée, et son utilité non rapportée, qu’est ce qui nous pousse à la publier quand-même, à  la partager ?

Quelles sont donc nos réelles motivations ? Que cherchons-nous à prouver ? A qui ? A nous ? Aux autres ? Quels autres ? Quel besoin s’exprime ainsi à vouloir nous singulariser toujours plus alors même que nous prétendons qu’être différent c’est risquer d’être rejeté ? 

Chacun de nous est unique de fait, par sa naissance-même. Là est notre richesse. 

Et si le plus grand manipulateur auquel nous avons tous à faire face, celui dont chacun de  nous doit inconditionnellement se méfier était en nous ?  Pas au dessus, pas à côté, pas en face. En nous.

Notre ego. Celui qui a constamment besoin que nous nous distinguions des autres, alors même que nous rejetons la différence des autres…..

Celui qui nous étourdie de contradictions,  dans tous les sens du termes. Qui nous fait perdre tout sens logique, qui nous fait déroger à  nos beaux principes en échange de quoi ? Quelques « like » sur la toile ?  Quelques regards entendus dans la vraie vie ? Entendus, mais usurpés…

Notre ego qui nous fait perdre la tête et nous éloigne chaque instant un peu plus de nous-même et de notre dignité.

Et si nous commencions à nous poser toutes ces questions et mille autres, non pas pour nous étourdir encore plus, mais pour stimuler l’observateur en nous-même, de nous même aussi ? Pour rester en « mode veille » ?  Pour ne pas nous laisser endormir par les sirènes de… De  quoi au juste ?  Les sirènes du paraître ? Savons-nous ce que nous recherchons ? Ce que tout cela nous apporte ? En sommes-nous plus heureux ? Mois seuls ?

Et si le seul vrai danger pour notre intégrité morale, sentimentale, était lové bien au chaud en nous ?  S’il s’agissait de notre ego ? De notre renoncement à nous élever intellectuellement, spirituellement, moralement ? De notre goût immodéré pour la facilité ?  Car si les choses sont simples, elles ne sont pas faciles pour autant. Rester vigilant, apprendre à s’accueillir tel qu’on est. Accepter d’être, ni ceci, ni cela. Juste être. Dépourvu d’étiquette. Dénudé de tous faux-semblants. Cela demande temps et efforts.

Le voulons-nous ? Voulons-nous être ? Juste être ?

Texte et photo – Angélica Mary

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