Le temps n’existe pas. Il ne passe donc pas, c’est nous qui passons ou plutôt cette part de nous à laquelle nous nous identifions. C’est à dire notre état civil, notre corps et la vie que nous menons en son nom.

Nous sommes rien et tout à la fois, car nous sommes le Tout et le tout comprend le rien. Le Tout inclut tout. Il est difficile de parler de cette part de nous invisible, de cette autre dimension qui est notre réalité première. 

Nos mots sont issus de notre réalité terrestre qui est une illusion, cependant l’illusion a une réalité puisqu’il y a un mot pour la dire.

Cependant cette réalité et le mot qui la dit appartiennent à notre vie terrestre.

Nous savons comme il est difficile de traduire une langue dans une autre, car chaque  langage est composée de nombreuses expressions qui ne veulent rien dire si on les traduit mot à mot. 

Si un étranger tente de traduire « il pleut des cordes »  mot à mot, il ne peut pas comprendre ce qu’il lit sauf à maîtriser parfaitement le français  et être préalablement informé qu’il s’agit d’une image pour signifier qu’il pleut très fort. 

Chaque langue à ses expressions qui sont intraduisibles mot à mot sous peine de perdre tout leur sens.

Il en est de même pour exprimer l’indicible. On peut essayer de décrire en trouvant les mots et les images les plus proches possibles, il reste cependant que l’on tente de décrire un monde infini, en dehors de toute notion de temps, depuis une vie à durée limitée qui s’est inventé un monde fini dans l’infini.  

Notre monde tel que nous le connaissons, qui est notre repère tangible, est une succession de « périmètres finis » qui va du plus petit au plus grand que nous puissions imaginer.

Au plus près, il y a soi au sens identitaire du terme. C’est à dire notre corps nanti de notre état civil. Puis on agrandit le cercle et on trouve soi au sein de la famille, puis un autre cercle qui représente notre vie professionnelle et sociale, lesquels s’inscrivent dans le monde. De même, parmi nos repères géographiques, il y a notre habitat à l’intérieur du lieu où il est implanté, village, ville, à l’intérieur d’un pays, lui même à l’intérieur d’un continent, puis de la Terre, puis du système solaire, lequel se trouve à l’intérieur de l’univers. A ce moment nous sommes dépassés par l’absence de imites de l’univers. On ne peut pas vraiment imaginer ce qu’est l’infini, car notre vie, nos lieu connus sont des espaces finis. De même, il nous est difficile, voire impossible pour certains, d’imaginer l’absence de temps, car notre temps est compté, là encore, du plus court au plus long jusqu’à l’infini qui nous dépasse totalement.  Dans cette expérience humaine que nous vivions, il y a les secondes, et avant elles les dixièmes, les centièmes et jusqu’à l’infiniment bref, puis les minutes qui s’imbriquent dans les heures, qui  sont contenues dans les jours, eux-mêmes contenus dans les semaines, les mois, les années, le temps d’une vie, de la nôtre et de celles qui nous suivront autant que celles qui nous ont précédés.

Nos repères ne valent que part notre finitude, celle de notre corps et de notre identité.

C’est notre réalité « virtuelle », notre réalité humaine, mais il y en a d’autre. Car nous ne sommes pas qu’un corps affecté d’une identité, nous sommes aussi toute cette part invisible, impalpable et pourtant bien là.  Nous sommes nos sens, nos émotions, nos rêves, nos pensées, nos personnalités. Nos sens font partie de notre corps et pour autant une part d’eux fonctionne différemment pour chacun d’entre nous. Certains ont un odorat extrêmement développé, d’autre non. Surtout, la différence provient de ce que chacun ressent à travers l’usage de ses sens. Comment expliquer ce goût pour l’odeur de la terre mouillée après une pluie d’été ? Comment expliquer la façon dont cela transporte ou non  chacun. Comment expliquer ce que l’on ressent ? C’est pratiquement impossible. On peut s’approcher très près, mais ce que chacun ressent est unique car chaque sensibilité est unique. Quand l’un voit une nuance de vert, là ou l’autre voit une nuance de bleu, comment l’expliquer ? Quand l’un est ému par l’amertume d’un fruit comment le faire comprendre à quelqu’un qui n’est sensible qu’au sucré et réciproquement ? On peut dire bien sur qu’on aime l’amer et le plaisir qu’il  déclenche, mais dire pourquoi est impossible. Comment se l’expliquer à soi-même ? Nous sommes nés, ou nous sommes développés avec ce goût en nous, avec cet émoi face à telle chose ou telle autre. Cela fait partie de soi au plus intime et l’intime est indicible. Il n’est compréhensible par personne pas même par chacun de soi. Il est juste à accueillir tel qu’il est d’instant en instant.

Il en va de même de l’absence de temps et de notre réalité première, essentielle ?  Notre réalité qui se situe en dehors de nos corps et de notre identité terrestre en tout cas. Nous sommes comme ces cercles concentriques à la surface de l’eau. Notre réalité est une successions de réalités emboitées les unes dans les autres à l’infini avant et après notre période terrestre. Nous ne sommes pas au milieu de nulle part. L’infini n’a pas de milieu. L’infini ne commence pas ni ne finit il n’a donc pas de repères. Nous sommes nulle part, de nulle part et donc partout de partout. Nous ne sommes pas même un point quelque part. nous sommes le tout et le rien. Nous imaginons l’infini à l’aune de ce qui est fini. L’infini devient ce qui n’a pas de fin. Mais nous ne pouvons pas le connaître en tant qu’humain car nous avons un début et une fin. L’infini n’a ni l’un ni l’autre. Après la mort terrestre nous ne devenons pas autre chose que ce que nous avons toujours été. Nous pouvons expérimenter une autre vie terrestre ou autres peut-être, humaine ou autres. C’est toujours ce que nous sommes qui expérimente. Nous ne devenons pas autre parce que nous jouons un rôle dans une pièce de théâtre. Il en va de même de qui nous sommes.

Qui nous sommes par delà notre corps identifié est immuable, infini.

Nous sommes, c’est tout et c’est Tout.

Texte et photo – Angélica Mary

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