Partout on lit qu’il faut renouer avec notre enfant intérieur. De quoi s’agit-il au juste et pourquoi devrions-nous faire cela ?

Etrangement, souvent quand j’observe des personnes dans la vie courante, la rue, dans l’exercice de leur métier, je me demande toujours quel enfant elles ont été avant de devenir ces adultes. J’avoue, que cette interrogation me vient plus souvent face aux hommes, peut-être parce que je suis une femme et qu’il me semble savoir à peu près ce qui m’a faite telle que je suis aujourd’hui.

Toujours est-il que la question a toute son importance et que chacun de nous gagnerait beaucoup à se la poser pour soi-même autant que pour autrui. 

Nous avons tous été enfants et avons tous connu, durant cette période, des moments de grands désespoirs face à des événements plus ou moins dramatiques, qui peuvent aller de la perte de notre doudou à la maltraitance au quotidien.

Si on s’apitoie face à l’enfant, qu’en est-il de l’adulte devenu ? Certains sont introvertis, d’autres, au contraire, extravertis. Certains adoptent des comportements que nous dirons, effacés, timides, immatures, rugueux, âpres aux gains, agressifs, velléitaires, nuisibles … Certains nous seront odieux, et nous les jugeront sans aménité aucune.

Pourtant, enfant, ils nous auraient peut-être attendris. Les enfants deviennent des adultes. Certains ont tant soufferts qu’ils ont enfouis leur capacité de tendresse sous des couches de protection qui les rendent presque intouchables à la moindre manifestation d’empathie et en sont eux-mêmes dépourvus.

C’est là que se rappeler que chaque individu a d’abord été un enfant y compris soi, prend tout son sens.  Contacter son enfant intérieur ne consiste pas à adopter des comportements infantiles, immatures, de victimes ou de fuite face à nos responsabilités. Tout au contraire. Il est question de se rappeler la tendresse au fond de chacun de soi, les rêves oubliés, renoncés, avortés, piétinés. Il est question de se rappeler la pureté de nos sentiments d’avant que la vie, le monde des adultes et ses réalités illusoires, ne nous les ait volés, ne nous abîme. Il est question de se rappeler de nos émotions quand nous avions tel ou tel âge. Avant qu’une quelconque souffrance ne nous y face renoncer.

Se rappeler la tendresse portée par l’enfant, son empathie naturelle, son incompréhension ou sa révolte. Réparer ce qui est resté en suspens dans une souffrance qui n’est plus, ou n’a plus lieu d’être. Se dire que la réalité qui nous a fait souffrir quelle qu’elle soit n’est plus. Elle appartient au passé et qu’on ne peut pas gâcher sa vie, se définir tout entier sur la base d’événements passés qui nous ont dépassés car en notre qualité d’enfant nous ne pouvions pas les comprendre ni leur échapper, quel que soit le niveau de leur gravité. Pour certains il s’agit de maltraitance du fait d’adultes lesquels avant d’être des adultes ont été enfants,  pour d’autres, une difficulté à trouver sa place dans le clan familial, pour d’autres encore un traumatisme provoqué par d’autres enfants dans le cadre de harcèlement ou de « bizutage », d’un accident, de la perte d’un être cher, humain ou animal. Ce n’est pas seulement la gravité qui décide de l’ampleur de la cicatrice, c’est aussi la façon dont on l’a vécue. Certains en seront sortis complètement fragilisés et abordent leur vie depuis sur la pointe des pieds, effacés pour ne pas s’exposer de nouveau. D’autres au contraire en auront tiré une force, une hargne, tel un chat qui se hérisse pour se montrer plus gros qu’il n’est et faire fuir l’ennemi potentiel, réel ou supposé. D’autres encore, auront développé une sorte d’insensibilité qui les privera de sociabilité. Tout enfant a subi des traumatismes qui ont laissé des traces, et selon la personnalité des uns et des autres  a enfoui la tendresse au plus profond, l’a niée pour se protéger de futures souffrances.

Retrouver son enfant intérieur demande à chacun de faire un retour en arrière à l’âge où tout était possible, les rêves, la tendresse, l’insouciance. Pour chacun il s’agira d’un âge différent. Le but étant de se souvenir qui on était avant de découvrir la souffrance et de renouer avec cette part de soi, capable de s’émouvoir, de sauter dans les flaques, partager son sandwich avec celui qui n’a rien à manger et que l’on croise chaque jour et mille autres choses qui représentent notre part d’humanité oubliée.

Je trouve toujours troublant d’entendre le mot « inhumain » en parlant d’actes qui nous semblent odieux, et qui sans doute le sont, alors que précisément, seuls les humains sont capables des actes les plus nocifs pour le vivant, humanité comprise.

Cependant, quand on regarde la capacité d’un jeune enfant qui n’a pas encore été abimé par le système auquel nous contribuons chaque jour, alors nous sentons,  savons que tout est possible. Que chacun de nous à quelque part en soi la faculté à s’émerveiller, à être bon, respectueux, curieux, à inclure plutôt qu’à exclure, à aimer plutôt que juger, à accueillir aussi.

Si chacun de nous rejoint cette part de lui, accepte de guérir la part souffrante de son enfant pour laisser émerger sa part de pureté, de beauté, alors nous pourrons commencer à bâtir un monde meilleur.

Alors enfin, l’humanité qui a beaucoup évolué d’un point de vue technologique, scientifique, et en est encore à l’âge de pierre sur le plan de son évolution personnelle et relationnelle, pourra enfin s’élever en consciences et bâtir un monde où le mot humain sera synonyme des plus belles qualités de la création. 

Texte et photo – Angélica Mary

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