Selon Gordon  Hempton, bioacousticien, la planète ne compterait plus qu’une cinquantaine de lieux isolés épargnés par les bruits causés par l’activité humaine.

Ce que nous appelons silence, le plus souvent, est un lieu privé de bruits liés à l’activité humaine. Nous ne tenons pas le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles des arbres agitées par le vent, le chant d’un cours d’eau, pour une pollution acoustique.

Nous avons pour habitude d’assimiler les bruissements de la nature pour du silence. Il s’agit de notre environnement naturel, des bruits de la Vie. Ce qui vit est naturellement bruyant, la respiration, les battements du cœur.

Sans doute notre bien-être au milieu des bruits naturels de la Vie, est-il un rappel inconscient de notre mémoire, de notre appartenance à cette nature dont on se dissocie ne serait-ce qu’en la nommant.

On parle de la nature comme quelque chose d’extérieur, d’étranger à nous. Pourtant il ne nous viendrait pas à l’esprit de penser qu’un animal sauvage soit extérieur à la nature. Nous faisons partie de la création, il n’y a rien au-delà d’elle. Nous sommes en elle pas à côté, pas au-dessus. Dans la chaîne alimentaire, nous faisons partie des grands prédateurs au même titre que le loup, l’ours, le gorille, le lion, si ce n’est que le vocable « destructeur » nous conviendrait mieux que celui de « prédateur », car de tous les individus, nous sommes le seul à détruire nos ressources vitales, mais c’est une autre sujet.

Souvent nous nous extasions face à la nature alors qu’il s’agit de cultures, de lieux travaillés, modifiés par la main de l’Homme.

Nous opposons le plus souvent dans nos esprits la nature à l’urbanisme. Dès lors que nous voyons de la terre, de l’herbe, des arbres, des cours d’eau,  des plages, des étendues sans habitats ou peu construits, nous assimilons ces lieux à la nature et nous nous apaisons rien qu’à les regarder.

C’est que soudain, nous échappons à une pollution visuelle et auditive intense. Cela nous permet de nous poser. 

Le silence est toujours intérieur. Quelle que soit  l’activité et le bruit autour, cependant il est plus aisé de trouver la paix dans un environnement calme.

Le silence est cette absence de commentaires à ce que l’on voit ou entend. C’est l’observation de nos pensées sans s’arrêter sur aucune.

C’est un moment de pure intimité, un temps d’écoute de soi. L’écoute et l’accueil sans jugement, de nos ressentis, de nos émois et non de nos bavardages intérieurs. 

Ce sont ces moments privilégiés qui nous permettent de savoir où nous en sommes vraiment. Ce qui souffre en nous, ce qui nous rend heureux, nos peurs, nos doutes, nos forces, nos joies.

Sans ces espaces de soi à soi, il est impossible de se connaître et de se réparer quand on se sent blessé.  On ne peut pas se situer sur le chemin de notre évolution.  Le silence est un temps de respect de soi, de nos rythmes intérieurs. Un temps qui doit être dédié à l’accueil bienveillant de qui nous sommes réellement, et non le personnage public, que l’on envoie à notre place en quelque sorte, face à nos collègues de travail,  nos amis, nos relations, notre famille aussi.

Bien souvent, sans pour autant tricher ou vouloir tromper qui que ce soit, nous sommes différents face aux uns et aux autres. Nos divers personnages sont suggérés par la relation. Ils sont induits par elle, ils sont une réponse que l’on souhaite la plus adaptée possible à la relation. 

Notre attitude évoluera, elle se libèrera de plus en plus, y compris face à chaque relation, à mesure que nous nous accueillerons dans tout ce que nous sommes que nous  manifestons ou brimons.

Cela ne signifie pas que l’on va s’endormir sur ses lauriers en s’estimant tout à fait parfait. Cela signifie que nous savons que la perfection est en nous dans un sens très différent de celui habituellement convenu, et que nous avons à en retrouver le chemin.  La perfection en nous, touche à cette part de nous invisible et silencieuse, ce potentiel infini que nous devons chaque jour contacter et exprimer un peu plus.

Dès lors que nous nous accueillons tout entier, sans jugement, nous ne craignons plus le jugement d’autrui et nous pouvons exprimer le meilleur de soi.

Nous pouvons être vrai, de plus en plus dépouillé face à quiconque, telle la pierre précieuse libérée de sa gangue.

Quand on ne s’accueille pas, quand on ignore qui on est vraiment, on s’adapte au mieux, souvent avec beaucoup de stress et de contradiction qu’on ne parvient pas à s’expliquer même à soi.

Ce n’est ni mauvaise volonté, ni volonté de tricher. 

Quand bien même quiconque ment en sachant qu’il ment, il agit conformément aux possibilités offertes par son ouverture de conscience de l’instant.

Ce n’est pas pour mentir à l’autre, c’est pour ne pas se trahir soi en l’état de ce qu’on croit que l’on est ou doit être. 

Il faut une grande bienveillance envers soi-même, et un accueil sans condition, pour oser être soi sans voile.

Cette conscience de soi, cet accueil de soi, survient uniquement quand on s’accorde du temps en tête-à-tête avec soi, dans son propre silence, sans le moindre jugement.

Je nous souhaite à tous de beaux silences emplis de nous-même, pour se dire « oui » à nous-même, pour se libérer de toutes les attentes auxquelles on croit devoir se conformer pour être aimé et pouvoir exprimer pleinement qui nous sommes réellement, sans fard.

Texte et photo. Angélica Mary

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