Contrairement à ce qu’on a appris, la réponse précède souvent la question. Elle la génère même, notamment quand il s’agit de « pourquoi » et de relations, privées ou non.

En effet, quand nous demandons « pourquoi », que la question s’adresse à quelqu’un en particulier ou qu’elle soit purement rhétorique, nous avons déjà souvent fait le tour des « parce que », et aucun ne nous a donné satisfaction. Le « pourquoi » est souvent là pour signifier que nous sommes en total désaccord avec les faits. Les faits sont la réponse qui a suscité la question. 

Mais à quoi bon savoir pourquoi ? Qu’est-ce que cela apporte vraiment ?  Peut-on vraiment toujours y répondre ?  Pourquoi j’aime le chocolat ? Existe t-il une réponse satisfaisante qui ne génère pas à son tour une kyrielle de nouvelles questions qu’aucune réponse ne saura éteindre ?

Est-ce parce que dans notre enfance…?  Est-ce parce que notre famille … ? Est-ce parce que notre éducation ? …

A quoi nous servent les « pourquoi » sinon à nous faire des nœuds au cerveau à tenter de trouver des explications dont on sait déjà qu’elles ne nous satisferont pas ? Car souvent le pourquoi signifie « je ne souhaite pas que les choses soient ainsi ».  C’est souvent une forme de déni. C’est aussi notre façon d’exprimer, de justifier, ou de  démontrer  notre bon droit à vouloir que les choses soient autres en tentant de rallier l’autre à notre cause. De le ramener à la raison qui n’est que la nôtre.

Les « pourquoi » attendent un « parce que »  qui peut tout justifier, ou au contraire démontrer que rien n’est fonder, effacer les faits, les changer

Après avoir fait le tour des « parce que »  et des silences impuissants qui leur font face, avons-nous réglé les choses ? Sont-elles  désormais conformes à nos attentes, nos souhaits, notre conception de la normalité ?

On se dit que si on comprenait « pourquoi », si on nous le disait, alors ce serait différent. Mais en quoi serait-ce différent au juste ?

L’ardoise serait-elle effacée ? Notre peine oubliée ? Notre traumatisme guéri ?  Les choses seraient–elles autres que ce qu’elles sont ou ont été ? 

Notre éducation, notre passé quel qu’il fût, justifie-t-il qu’on lui sacrifie notre présent ?

La situation actuelle, les sentiments en jeu, les jugements des uns des autres, les nôtres, nos peurs, nos croyances, justifient-t-ils de renoncer à être soi, à notre faculté à choisir qui on  est, ce qu’on veut vivre, à renoncer à notre dignité ?

Et si on remplaçait les « pourquoi ceci cela » par des « comment » ?

Comment nous sortir de ce chagrin ?  Comment changer cette situation dont on ne se satisfait pas, par laquelle on se manque chaque jour de respect à soi-même ?

Alors cela serait la reconnaissance implicite que nous sommes les acteurs de notre vie et que nonobstant la situation actuelle ou passée, nous pouvons agir pour passer à autre chose, se donner une chance de connaître la vie que nous souhaitons réellement.

« Comment faire pour .. ? » redistribue les rôles.  Cette question nous conduit immanquablement  à abandonner le statut de victime, de lésé, pour nous  inviter à prendre notre vie en main, à retrouver notre liberté d’être. Le « comment en sommes-nous arrivés là » nous conduit à regarder toute situation pour ce qu’elle est,  sans faux-fuyants, et  à accueillir la décision que nous prendrons vis à vis d’elle. 

Soit nous accepterons d’y rester en toute conscience, soit nous déciderons d’en sortir de la même manière. 

Quoi qu’il en soit, nous ne la subirons plus. Nous la choisirons. Et cela changera tout, à commencer par le regard que nous poserons sur nous-même.

Texte et photo – Angélica Mary

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