Depuis longtemps, chacun se dit que nous allons droit dans le mur. Cependant, chacun semblait penser que cela serait peut-être un jour lointain, pour les générations suivantes. Pas celles de nos enfants, ni de leurs propres enfants cependant. Donc, jamais en somme.

Il s’agissait pour beaucoup d’une simple figure de style, d’une posture.

Et si nous y étions aujourd’hui justement ?

Cela s’est fait sans grand fracas, ni ciel apocalyptique, est-ce moins évident pour autant ?

L’expression « aller dans le mur » n’était-elle pas une manière de signifier que nos façons de vivre n’étaient pas compatibles avec la pérennité de l’espèce, la nôtre, et de nombreuses autres aussi ?

Nombre d’entre nous s’agacent de la situation actuelle, pour des raisons différentes. Les uns ont peur pour leur vie, les autres pour leur liberté. D’autres encore s’offusquent de l’inertie de ces « ILS » qui ne bougent pas, laissent faire, de ces « ILS » qui ne se rebellent pas.

Mais qui sont ces « ILS » ? Des rebelles professionnels ? Des sauveurs comme dans les contes ? De qui devraient-ils venir nous sauver ? De nous-mêmes ?

Depuis que nous sommes nés, nous avons été placés sous autorité. A l’âge adolescent,  certains d’entre nous se sont rebellés, un peu, beaucoup, pas du tout, face à la figure paternelle pour retomber aussitôt sous une autre, voire de nombreuses autres, le chef, l’employeur, le/la  conjoint (e), la société, l’état, le regard et le jugement des autres quels qu’ils soient.

N’est-il pas temps pour chacun de s’émanciper vraiment, pas à pas, pour prendre sa vie en main et faire évoluer notre relation au monde sans chercher toujours un coupable ?

Il y en a eu des rebelles depuis le début de l’humanité. Des rébellions et révolutions aux quatre coins du monde,  aussi. Cela nous-a-t-il empêché d’être la où nous en sommes aujourd’hui ? Cela a t-il apporté autre chose à terme que de la souffrance ?

La peur de mourir des uns est-elle moins légitime que la peur de perdre sa liberté, des autres ? De quelle liberté parle-t-on d’ailleurs ? De continuer à faire comme on a toujours fait au mépris des réalités des ressources, notamment ? 

Et nous, que faisons-nous pour nous-même, et pour le monde ?

Et si la vraie révolution était une évolution, sans violence et sans bruit comme notre arrivée dans le mur ?

S’il s’agissait juste de cesser de s’agacer et de « colérer » pour commencer à repenser notre façon de vivre ensemble ? De mettre en place de petites choses, chacun à son rythme, sans attendre que d’’autres fassent.

Car de manière assez déconcertante, chaque fois que l’on suggère qu’ils nous faut changer, de nombreuses voix s’élèvent pour dire que nos efforts sont inutiles si les autres n’en font pas autant.  Chacun se plait à dénoncer et décrier l’esprit des moutons, mais dès qu’il s’agit de prendre l’initiative, même pour soi seulement, alors on réclame le concours du troupeau. On cesse soudain de vouloir se démarquer, se cachant derrière une hypothétique inutilité de l’action consentie si on n’est pas englober dans le troupeau….

Il y a ici et là de belles initiatives, discrètes, efficaces, indifférentes à l’agitation et aux bruits autour. 

Ceux là font pour faire, pour être en cohérence avec leur conviction profonde. Ils n’attendent pas d’être suivis ou précédés pour se mettre en mouvements. 

Ils savent que tout cela n’a plus d’importance, que  cela appartient à la société telle qu’on l’a bâtie et entretenue jusque là.  Il n’en veulent plus et s’en sont affranchis. Ils sont libres d’être. 

Il appartient à chacun de s’en affranchir à son tour, sans chercher des responsables ou des coupables pour se dédouaner.

Lutter contre une autorité est une façon de la reconnaître, de la légitimer.

Nous avons tous des talents, des compétences, des peurs, des freins. Il convient de faire selon nos possibilités psychologiques du moment, dans l’accueil total de nos atermoiements autant que de nos « osances » en toute bienveillance.

Certains sont déjà libres, d’autres sont sur le chemin.

Texte et photo – Angélica Mary.

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