Souvent j’entends que le chemin est long pour aller vers soi. En fait,  il est aussi long que notre vie et  nous la trouvons pourtant souvent bien courte.

Le chemin est chacun de nous.  Il est la Vie elle-même. Une façon de l’aborder en faisant le choix d’avancer les yeux ouverts plutôt que la subir les yeux fermés.

Certains ploient sous le poids de leur vie et de ses aléas. D’autres font le choix de vivre chaque expérience et de les transformer en apprentissage, qui les rend chaque fois plus souples, plus forts aussi.

Les premiers ont souvent l’impression d’être les victimes de toutes les vicissitudes de l’existence et avancent fatigués, éreintés, quand les seconds choisissent de les accueillir et de s’en servir pour vivre intensément. Nul n’est épargné par les impondérables de sa vie. Cependant, tous nous irons au bout de notre vie. A chacun de savoir comment il souhaite écrire cette expérience-là. Car notre vie est une expérience, rien de plus ni de moins.

Soit nous embrassons notre vie à bras-le-corps, soit nous la laissons filer, sans trop y penser. Elle ne sera pas plus douce pour cela, ni plus terrible d’ailleurs. La façon dont nous vivrons les événements qu’elle nous présentera dépendra de la façon dont on décidera de l’aborder. On ne peut échapper à soi-même. La Vie n’est pas une somme d’événements qui viennent à nous,  elle est plutôt une somme de conséquences de chacun de nos actes, de nos mots et pensées, de nos choix de vie.  Nos vies sont des expériences au sein de la Vie. 

Si nous pensons que la pluie est synonyme de mauvais temps et de tristesse, alors nous allons vivre chaque jour de pluie dans la tristesse.

Si nous considérons que la pluie est un temps comme un autre, et que nous pouvons la mettre à profit pour faire mille choses autrement, alors nous allons  la vivre dans la joie. On  peut décider par exemple qu’elle est une bonne excuse pour rester enfermé au chaud avec un bon livre, à se cocooner. On peut se dire  que c’est un temps parfait pour une après-midi thé, crêpes ou au contraire pour aller marcher, et se régaler des senteurs de la nature qu’elle exacerbe, de son chant sur les feuilles ou les tuiles, ou que sais-je ? Là, est l’apprentissage de l’accueil de ce qui nous est proposé. Cela ne change pas la vie que nous menons, cela modifie notre perception.  Cela change notre façon de la regarder, de  l’aborder, de l’inventer, de la créer. Nous l’accueillons avec ses propositions. Nous apprenons à danser et chanter avec elle.

Puis, au bout de quelques temps, on s’aperçoit que n’offrant plus de résistance à ce qui est, les propositions changent. 

Notre vie commence à refléter la douceur qui vibre en nous.

Plus nous offrons de résistance à la Vie, plus elle nous bouscule. Plus nous l’accueillons, plus nous lui sourions, plus elle nous sourit en retour.

Car en réalité, nous sommes la Vie, nous ne sommes pas dissociés d’elle. Notre vie est de la vie dans la Vie. Elle n’est pas quelque chose à l’extérieur de nous. Elle est nous. Nous sommes elle. Nous pensons être séparés de la Vie comme de tout ce qui est du fait de notre enveloppe charnelle.  De la même façon, nous sommes la nature. La nature n’est pas en dehors de nous. Nous nous croyons séparés d’elle du fait de nos habitats et de nos actions possibles sur elle oubliant que tout animal a aussi un habitat, comme nous, au sein de la nature. Lorsqu’un lapin est dans son terrier il a beau jeu de se croire en dehors du reste de la nature, coupé d’elle. Cependant, il reste « Elle », tout comme nous, car il n’y a rien sur Terre au-delà de la nature, de la Terre elle-même. La blesser, c’est nous blesser. Se connecter à elle c’est se connecter à soi.  Et si nous avons une action sur elle et tout le vivant, la nature a aussi une action sur nous puisque nous sommes indissociables d’elle. Elle est la Vie, nous sommes la Vie. Chacun de nous décide peu ou prou quelle histoire sa propre vie va raconter. Chaque instant, chacune de nos actions y compris nos pensées et nos mots créent notre vie. La façon dont nous vivons chaque jour sera l’expérience que nous allons faire de cette part de Vie qui nous est offerte.  Je dis que nous choisissons peu ou prou quel sens, quelles directions, nous donnons à notre vie, car si nous vivons sans cette conscience-là, alors notre vie ressemble au chemin d’un bateau ivre sur la mer sans personne à la barre. Il va comme il peut, jusqu’à l’échouage, ou au naufrage. 

Il est ainsi inutile de blâmer quiconque, ou de juger y compris soi-même. Chacun fait en vertu de son état de conscience au sens de « conscience d’être » ou « connaissance d’être », en dehors de toute notion de bien et de mal. Juste cette conscience de Vie qui nous est confiée un temps et de notre liberté à la façonner.  Car on ne sait que les choses que l’on a conscience de savoir. Aucun de nous ne peut aller au-delà de sa conscience d’être. Choisir de vivre en conscience est déjà un acte de conscience d’être.

Donc dès lors que nous avons conscience qu’il y a autre chose que ce qui semble nous être proposé chaque jour,  chaque fois qu’on se dit insatisfait  de la façon dont notre vie se déroule, alors nous avons conscience que d’autres expériences sont possibles, qui nous conduiront vers une autre façon d’être à la Vie. Le temps qu’il faudra pour y parvenir est superflu. Là est le sens de notre vie, peut-être son but ultime s’il en est un. Car de toute manière, en conscience ou non, nous irons jusqu’au bout de nous-même.  Nous sommes notre propre chemin, nous sommes la Vie.

Texte et photo – Angélica Mary

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