Quand on vit seul, on rêve de réveils entre des bras amis, amants. Des matins douceur, bercé par le souffle de l’aimé. Des petits déjeuners souriants, des éclats de rires et de joie.

On idéalise la relation à deux, convaincu qu’elle est la clé de notre bonheur. Cependant, on ne sait où trouver cet autre, magicien (ne), censé (e) donner à notre vie les couleurs d’un bonheur  pérenne de tous les instants.

Quand on trouve cet autre tant espéré, et qu’un matin on se réveille sans joie, on est tout prêt à le mettre en cause, en même temps que notre choix de vie.

Quand on vit à deux, déçu de ne pas trouver la félicité  promise, on se sent brimé par les contraintes liées à toute cohabitation et on envie le bonheur et la liberté offerte à ceux qui vivent « solo ».

En fait, on croit toujours que le bonheur est précisément dans la situation, ou l’objet qui nous manque.

Cependant, celui qui vit seul sait bien, que parfois le matin il se réveille dans une ineffable joie, ou tout pareillement,  dans une tristesse abyssale.

Alors où donc se trouve ce bonheur dont la quête ultime occupe toute notre vie et nous rend si malheureux ?

Car c’est de vouloir à tout prix être heureux qui nous rend malheureux. Ne pas trouver ce qu’on cherche, ce que l’on convoite nous frustre, fait naître en nous un sentiment d’incapacité, voire de nullité.

On nous vante un bonheur standardisé, alors que chacun à sa définition et lui attribut une source différente. Une source à l’extérieur de soi le plus souvent. Une source qui se situe dans l’avoir. Avoir un conjoint (e), une belle situation, avoir de l’argent, beaucoup, avoir des enfants, de préférences qui réussissent bien à l’école, une belle maison, plein d’amis, du temps, la santé….

Mais tout cela n’est qu’illusion. Oui on peut être heureux, seuls, ou à deux, riches ou pauvres, quelque soit notre situation, à condition de savoir que le bonheur est illusion dans la conception qu’on lui prête généralement.

Le bonheur comme toute chose est impermanent. Il est la manifestation d’un certain bien être, de joie empreinte de sérénité. Il nous visite, on le convoque et il repart. Toute chose porte sa fin en elle. La nuit prend fin quand le jour approche. La joie s’en va quand la tristesse, induite par la peur de perdre cette joie, s’en vient. En fait, en chaque événement, en chaque émotion se joue ou se rejoue, le drame de notre vie telle que nous la connaissons dans son éphémérité.

Et si tout était-là, une quête pour oublier, ou pour conjurer le sort de notre mortalité ?

De ceux qui veulent laisser une trace pour la postérité à ceux qui veulent vivre plusieurs vies en une seule, n’y a t-il pas une tentative de fuite de la désespérance induite par la fatalité de nos vies ? 

« Ma vie, ce léger voile d’angoisse et d’espoir. » disait Andreï Makine.

C’est bien de cela dont il s’agit, ce point de bascule au creux de soi, où se trouve le point d’harmonie. Cet espace où l’on sait en conscience que tout trouve sa source en nous, et qu’il nous appartient de vivre ce « tout » pleinement, qu’il s’agisse d’angoisse ou d’espoir, de tristesse ou de joie. C’est alors, quand on cesse notre quête de l’absolu bonheur, que l’angoisse recule, sans pour autant disparaître, et que notre vie devient plus harmonieuse. De même, contrairement à ce qu’on pourrait penser, loin de devenir fades, nos sensations deviennent plus contrastées sans en être plus pesantes. Simplement étant à l’écoute et dans l’accueil de tout ce qui survient, on affine notre sensibilité et on ressent les choses avec plus d’acuité. Avant de s’ouvrir à cette conscience, on faisait le gros dos, ou refusait de vivre certaine chose pour se protéger. En acceptant d’accueillir toutes choses qui nous sont offertes sans jugement, comme autant d’expériences nécessaires à notre évolution, notre construction, alors on perçoit que rien n’est positif ou négatif.

Tout « est ». On cesse d’opposer de la résistance à la vie, on cesse de courir après des chimères et enfin l’harmonie et la paix nous visitent et notre vie commence à être plus « heureuse ». 

Texte et photo – Angélica Mary

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