Au creux de notre silence, espace immobile, se déploie notre sensibilité.

Elle est un don de la « Vie ».

Elle frémit dans le froid, se courbe sous le vent et se redresse avec lui pareillement au roseau qui nous semble si fragile et tire sa force de sa délicatesse.

Elle se pâme et connaît l’ivresse de tant de parfums.

Quand nous sommes au creux de notre intimité, en amitié à nous-même, sans filtre, elle nous permet « d’entrer » dans une œuvre, de nous mêler à elle, de nous fondre en elle.

Elle peut aussi nous laisser à sa périphérie, indifférents et conscients de l’être,  nous éloigner.

La sensibilité aime, un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout, elle aime, un peu…..

Elle permet l’exploration et l’accueil de toutes les émotions sans distinction.

Elle sublime l’existence, lui donne son intensité, ses reliefs.

Tout l’émeut.

Elle nous apprend par les sens plus que par la pensée qui souvent se fourvoie.

Sentir, c’est savoir absolument.

Le doute n’a pas de place.

Quand nous approchons notre main d’une flamme, même les yeux fermés, nous sentons la chaleur et le danger potentiel, et l’éloignons, sans avoir eu le temps d’y penser  de nous interroger sur sa source.

La réaction est immédiate, sensitive. La réflexion, arrive après pour évaluer la situation et déterminer comment se sortir de l’éventuel danger.

La pensée est plus lente que le sens qui est instinctuel.

On peut affiner notre sensibilité, être à son écoute, ouverts, l’augmenter, pas la décréter.

Chacun de nos espace silencieux, chaque fois que nous sommes sans fard,  les sens aux aguets, dans notre vérité de l’instant, est un moment privilégier pour se laisser toucher.

Je me dis qu’on n’appréhende pas l’extraordinaire du monde, une œuvre, ce sont eux qui nous appréhendent ou nous permettent de nous appréhender, de nous révéler une part de nous ignorée, ensommeillée, une part renoncée peut-être.

Nous sommes des êtres sensibles, comme tout le vivant.

Quand nous nous laissons approcher en silence par ce qui est, les sens en alerte, nous commençons par sentir nos contours, comme on touche un objet, les yeux fermés pour en deviner la forme.

Puis nous  sentons que nous les dépassons nous avant, que nous nous expansons.

Honorer et cultiver notre sensibilité nous permet de rejoindre cette part de nous infinie.

 

 

Angélica Mary.

Illustration – Natacha Einat

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