Pourquoi est-il si difficile de guérir des outrages subis, des peines infligées ou perçues comme telles ?
Nous pourrions évoquer les blessures de l’enfances ou celles nées des ruptures amoureuses et aussi, des déceptions professionnelles, et de toutes autres indifféremment.
Comment se fait-il que notre être souffre durablement de certains faits, voire se trouve blessé de manière presque indélébile par certains événements ?

Tout dépend de notre attention et de l’endroit où nous choisissons de la fixer.
Tout dépend de notre réponse à ces événements de la vie.

Lorsque nous tombons et nous blessons physiquement, que faisons-nous ?
Nous nous empressons de trouver un moyen de guérir cette blessure.
Selon sa gravité, nous allons la nettoyer, lui appliquer du baume, la panser, ou aller aux urgences afin qu’elle soit prise en charge par des professionnels compétents.
Puis nous allons prendre soin de la partie blessée, lui porter notre attention afin de ne pas rouvrir la plaie en l’exposant aux coups ou à la saleté pour éviter tout risque d’infection.
Selon encore le degré de la blessure, après cicatrisation, nous ferons de la rééducation, pour réapprendre à faire fonctionner la partie blessée comme elle le faisait avant la chute, l’accident.
Nous voulons absolument nous retrouver physiquement en bonne santé et en pleine possession de nos moyens au plus vite, aussi portons-nous notre attention sur notre guérison et mettons-nous en œuvre tout ce qui est nécessaire à son obtention. 

Si nous avons buté sur une pierre à l’origine de notre chute, de notre plaie, nous vient–il à l’idée de rester assis des jours et des jours à tourner en boucle des pensées dirigées contre cette pierre, à tenter de comprendre pourquoi elle était sur notre chemin, pourquoi elle s’est prise dans nos pieds nous faisant tomber ? Nous vient-il à l’esprit de lui donner un coup de pied pour se venger de la douleur que nous ressentons aux orteils ? Non bien sûr, sans quoi nous aggraverions notre douleur, notre blessure et notre invalidité provisoire éventuelle.
Après avoir tout mis en œuvre pour guérir, possiblement, nous tenterons de déplacer la pierre, couperons la racine à l’origine de la chute, ou déciderons d’emprunter un autre chemin.
S’il s’agit d’un accident de la route par exemple, nous redoublerons d’attention chaque fois que nous emprunterons le même chemin.
Avant toute chose cependant, nous allons veiller à notre guérison.

Que faisons-nous quand la blessure touche notre être, notre cœur, plutôt que notre corps ? L’inverse très exactement.
Nous ressassons encore et encore, l’événement, la trahison, l’outrage, la dispute ou que sais-je.
Nous focalisons notre attention sur l’autre, ou les autres à l’origine de notre chagrin au lieu de fixer toute notre énergie à trouver un moyen de nous réparer.
Nous répétons en boucle l’événement à l’origine de notre peine, le revivons et ravivons notre déroute à chaque instant lui donnant de plus en plus de force et d’importance. Pire, bien souvent nous refusons tout ce qui pourrait nous distraire de cette blessure et de l’événement qui l’a provoquée. Nous écoutons de la musique à pleurer, nous ne nous alimentons pas, nous refusons de voir nos amis, de sortir… A mesure que nous portons toute notre attention sur le sujet de notre douleur, nous lui donnons la force d’augmenter ou faire durer notre peine. Nous perdons notre énergie et nous négligeons comme si nous avions moins d’intérêt à nos propres yeux que l’événement, ou ceux qui nous ont blessé.
Nous attendons des autres, qu’ils s’excusent, nous reconnaissent comme victime ou admettent leur forfaiture, alors même que nous ne nous reconnaissons pas suffisamment nous-même pour nous accorder toute l’attention nécessaire à notre guérison, pour faire le choix de nous consoler dans un premier temps afin de prendre la distance nécessaire à observer ensuite comment s’en sortir au mieux, quel enseignement en tirer pour avancer.
Quand nous nous sentons floués, il nous appartient de nous conduire comme nous le ferions pour une blessure corporelle, en faisant le choix immédiat de trouver tous les moyens possibles et imaginables pour nous guérir, pour prendre soin de nous.
Quand nous sommes en souffrance, il n’est pas temps de donner de l’importance à ce qui nous a blessé en concentrant notre attention sur l’événement ou les auteurs de notre chagrin et de l’entretenir à leur place. Car c’est bien là ce que nous faisons en focalisant notre attention sur ce qui est à l’origine de notre blessure au lieu de choisir notre bien-être personnel, de nous reconnaître le droit de guérir et de vivre dans la joie en faisant appel s’il le faut à des professionnels des peines du cœur comme nous le faisons pour les peines du corps. Il est urgent toujours de choisir de recouvrer la pleine possession de nos pensées et notre libre arbitre. Une fois guéri, nous pourrons décider de l’évolution de la relation, en sortir ou la vivre autrement, quelle que soit sa nature.
En tout état de cause, il nous appartient de rester au cœur de notre préoccupation et de prendre conscience que si nous ne pouvons pas éviter toutes les situations source de souffrance dans la vie, nous pouvons choisir de nous guérir plutôt que d’ajouter à notre peine.
Ainsi, nous ferons un nouveau pas vers nous-même et vers notre liberté d’être.

Texte et photo – Angélica Mary
Aide à la relation – Accompagnement.

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