« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » selon Rabelais.

Notre société peut être tenue pour une démonstration de cette citation. Nous avons beaucoup progressé d’un point de vue scientifique, technologique, mais nous en sommes encore bien souvent à l’âge de pierre d’un point de vue conscience.

Il faut dire que la spiritualité et la conscience ont été rejetées,  souvent assimilées aux religions, lesquelles ont été plus préoccupées d’asservir les masses et de les maintenir dans l’ignorance que d’élever et ouvrir les consciences.

Pourtant, l’ouverture des consciences mène à la liberté, la vraie liberté, la seule. Celle qui consent à s’accueillir tel qu’en soit même dans l’instant présent.

Dès lors que nous nous accueillons totalement,  nous ne craignons plus le regard des autres et savons que toute attente est vaine.

Nous apprenons et comprenons, loin de toute notion de culpabilité et de jugement, que nous sommes seuls responsables de nos vies, de nos pensées, de nos paroles, de nos actes.

A mesure que notre conscience s’ouvre, nous apprenons qui nous sommes, nous entendons nos choix et savons que nous sommes libre d’en changer à tout moment. Nous ne pouvons pas choisir la survenance de chaque événement, nous ne pouvons pas choisir le temps qu’il fait, mais nous pouvons choisir notre réponse à l’événement, notre vêtement et notre activité en réponse à la météo.

Chaque jour, à chaque instant, nous avons des espaces, aussi étroits soient-ils,  de choix possibles et nous les faisons en conscience ou non.

La conscience ne survient pas d’un bloc dans nos vies. Ce serait un traumatisme infernal si d’un instant à l’autre on pouvait passer de l’aveuglement total à l’éblouissement complet. 

Chaque fois que notre conscience s’ouvre, nous avons tendance à regarder nos actes passés avec dépits, regrets, parce que nous sommes dans le jugement, vis-à-vis de nous et des autres.

Notre sévérité avec les autres vient d’ailleurs souvent du rejet de nos pensées ou attitudes passées préalablement à notre évolution.

Mais tout jugement est erroné en ce qu’il tient compte d’actes que nous pouvons voir aujourd’hui à l’aune de notre nouvelle vision, offerte par notre conscience nouvelle, ou à tout le moins actuelle, alors qu’ils ont eu lieu lors de moments de conscience différente.

Notre conscience est évolutive, comme nous, comme la Vie.  Ce que nous étions hier nous offrait une vision de la vie aujourd’hui obsolète. Ce que nous percevons aujourd’hui, sera périmé à l’instant même où notre conscience s’ouvrira de nouveau un peu plus.

Au début de notre ouverture de conscience, nous pensons enfin être sur le chemin de la vérité absolue et avons tendance à rejeter tout le reste. Nous ne penserons et n’agirons plus jamais comme hier. Aujourd’hui nous savons.

Puis à mesure que notre conscience évolue, nous percevons que tout ce en quoi on a cru un temps, tout ce en quoi nous croyons là, dans l’instant, aura perdu toute pertinence dans quelques instants, quelques jours, quelques mois ou années.

Un jour nous consentons que la vérité naît chaque jour nouvelle à nos yeux car elle est bien plus vaste que notre imagination ne peut le concevoir.

A l’instant où nous croyons ce que nous croyons, nous n’avons pas d’autre choix, car nous en sommes là de notre conscience. Le reste, qui est infinitude, ne nous est pas encore dévoilé, ni accessible. Nous sommes sincère parfaitement, dans les limites de ce que nous sommes dans l’instant.

Si un enfant apprend à compter jusqu’à dix et que nous lui demandons si il sait compter il va répondre oui. Et c’est juste. Simplement il ne peut pas compter au-delà de dix, car là s’arrête sa connaissance du comptage.  Il croit sincèrement qu’il sait compter. Il ne peut savoir ce qu’il ignore. Qu’au-delà de dix, il y a une autre vérité qui s’appelle onze, puis une autre encore qui s’appelle douze, et ainsi à l’infini. Le jour où il découvre une autre série de nombres, alors sa vie s’ouvre à d’autres possibles.

Il en va de même de notre conscience.

Tant que nous n’avons pas dépassé ce dont nous avons conscience aujourd’hui, nous ne pouvons manifester autre chose que ce que nous manifestons en cet instant en toute bonne foi.

On peut se battre pour les certitudes que nous avons aujourd’hui quand on n’a pas encore pris conscience qu’il en existe d’autres à l’infini qui nous sont pour l’instant inconnues.

C’est la raison pour laquelle aucun jugement n’est pertinent. Personne ne peut offrir autre chose que ce qu’il est dans l’instant, c’est-à-dire ce dont il a conscience. Personne ne peut forcer la conscience de personne à faire un bond d’un coup. Là est la protection de chaque individu à un choc qui pourrait lui être fatal, si soudain il s’apercevait que tout ce qu’il a fait en toute bonne foi depuis toujours était erroné, peut-être même répréhensible au nom de certaines morales, de certaines règles de société, sachant que les codes et les sociétés évoluent dans un même mouvement.  A une époque, les duels constituaient une sorte de droit pénal, légal, aujourd’hui ils seraient un crime. Chacun est son propre chemin. Chacun ouvre sa conscience à son rythme.

Ainsi, rien ne sert de juger et d’invectiver, soi ou les autres, cela ne fait que renforcer les protections contre toutes ouvertures. Seuls l’exemple et la patience peuvent susciter des questions qui ouvriront, ou pas, des portes vers une conscience expansée.

Chaque fois que nous adhérons à un projet, une idée, alors nous sommes enthousiastes à les faire émerger. Chaque fois que nous nous sentons contraints ou malmenés, nous traînons des pieds. Notre bonne volonté est épuisée d’avance.

Offrons-nous notre bienveillance afin de pouvoir l’offrir au monde et accueillir les attitudes de chacun pour ce qu’elles sont, des manifestations de leur état de conscience actuel. Soyons curieux de nous-même et de nos fonctionnements pour les faire évoluer et pour avancer chaque jour vers notre infinitude, pour un monde plus vaste où l’amour aura toute sa place.

Texte et photo – Angélica Mary

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