La connaissance.

Depuis que nous sommes nés, nous sommes éloignés de nous-même, de tout ce que nous sommes, et de nos multiples possibles.

Nous sommes éduqués, comparés, uniformisés, définis, polissés, jusqu’à gommer toute aspérité. Nous devons apprendre et nous remplir de ce qui vient de l’extérieur, jusqu’à ignorer nos propres capacités, jusqu’à oublier qui nous sommes, jusqu’à désapprendre que « nous sommes ».

Depuis notre naissance on nous apprend en somme que nous sommes « insuffisants » en tant que nous-même. 

Des critères de savoir, de réussite, d’attitude, de bon goût, des canons d’esthétiques, érigés au rang de règles par on ne sait qui, nous ont montré les directions à prendre pour être quelqu’un au sein de la société, vidés de notre substance de créativité, d’intelligence. Toutes ces « éducations » sont tellement ancrées en nous que nos choix sont guidés sans que nous parvenions à déterminer s’ils sont profondément les nôtres, ou ceux qu’on nous a insufflés. Est-ce que j’aime ce que j’aime parce que cela fait partie de moi ou parce qu’on m’a dit que c’est ce qu’il fallait aimer dès ma naissance ? (les critères de beau, de laid, de bon, de mauvais, de bien, de mal ..) 

En réalité, nos capacités originelles ne nous ont pas désertés. Elles sont juste ignorées de nous, enfouies au plus profond de chacun d’entre nous sous les strates de ce qui « doit être comme cela se doit d’être » tel que définit par notre environnement sociétal, notre entourage affectif, familial et professionnel. Nous ignorons volontairement parfois, et bâillonnons nos talents, nos rêves, dans la tentative d’être conformes à ce que l’on pense que les autres, tous les autres, attendent de nous. 

Nous avons appris à nous satisfaire d’être satisfaisants plutôt que réellement satisfaits.

C’est ainsi que naissent nos frustrations, nos névroses, nos burn-out, que nous avons perdu toute confiance en nous-même et avons oublié notre vraie nature dont nous nous sommes tellement éloignés.

Il suffit pourtant de s’interroger sur l’origine de ce qu’on nous apprend, l’origine de ce qui est communément appelé la connaissance, confondue avec la culture.

La connaissance est le fruit d’une expérience. Avant chaque livre, avant l’écriture et l’apparition du tout premier livre au monde, de la première peinture, de la première sculpture, de la première équation mathématique, etc, il y a eu quelqu’un qui a « expérimenté » quelque chose et l’a partagé avec les autres par le biais de l’écriture, de la peinture, d’une recette,  afin que cela ne disparaisse pas avec lui.

Avant le premier critère de beauté, quelqu’un a fait l’expérience de l’émotion devant une couleur, une forme et l’a partagé avec autrui. 

Avant le premier critère du « bon » quelqu’un a fait l’expérience de l’émotion provoquée par le goût d’un fruit, d’une plante, d’un met.

La culture, c’est avoir connaissance de toutes ces expériences faites et partagées, par les uns et les autres dans quelques domaines que ce soit, artistique, scientifique, historique, géographique, et tous autres domaines de la vie, qui soudain sont décrétées références absolues.

La connaissance, c’est faire l’expérience de toutes choses, de la vie elle-même en pleine conscience, présent.

Sans conscience, pas d’expérience, pas de connaissance. 

Si nous faisons un repas, animé d’une discussion qui requiert toute notre attention, ou préoccupés par des pensées perturbantes, alors nous ne serons pas attentifs à ce que nous mangeons, nous ne ferons pas l’expérience du goût, de la température du met, de sa texture. Nous avalerons mécaniquement, sans nous nourrir vraiment. Plus tard nous aurons oublié, si jamais nous l’avons su, ce que nous aurons mangé.

Il en va ainsi pour toute chose de la vie et de l’esprit à chaque instant.

Chaque fois que nous sommes présents, ou en conscience, à ce que nous faisons, vivons, nous l’expérimentons et nous atteignons une connaissance.

La connaissance est en chacun de nous, enfouie. Elle émerge et s’exprime à chaque fois que nous sommes en conscience, dès lors qu’au lieu de nous « remplir » l’esprit, le corps,  nous offrons notre attention et allons chercher en nous ce que cela engendre.

Les premiers qui ont eu accès à la culture,  l’ont érigée au rang de référence afin d’en retirer un pouvoir sur ceux qui en ignoraient la substance.

Ainsi, lorsque Gallilé a affirmé que la Terre tournait autour du soleil qui était le centre de l’univers et non le contraire, l’inquisition l’a condamné à mort.

Il a fallu du temps pour que cette expérience, l’héliocentrisme, qui est aujourd’hui notre réalité à tous,  soit acceptée comme « un savoir » et devienne à son tour une référence et entre dans le registre de la « culture ».

La culture est vaste. Elle est extérieure à celui qui en prend connaissance. Elle est une sorte de compilation des connaissances d’individus qui ont partagé leurs expériences, leurs goûts, leurs émotions et aussi parfois, imposé leurs choix. La culture est aussi identitaire. Elle est un outil, pas une fin en soi.

C’est ainsi que si nous sortons des critères de beauté, d’intelligence, de compétences et de tous autres jugements culturels, conjoncturels, du « savoir estampillé valable », et que nous vivons en étant présents à tout ce que nous faisons, vivons,  en conscience, alors nous expérimentons et  nous avons accès à la connaissance. Non pas la connaissance unique, définitive, de tout ce qui est, mais la connaissance de ce que nous vivons dans l’instant à chaque instant. La connaissance et reconnaissance de nos talents, non pas comme critères universels imposables et opposables à tous, mais comme une part valable, indissociable de ce que nous sommes. Chaque fois que nous creusons en nous pour atteindre la connaissance elle progresse, nous élève créant une connaissance plus profonde encore, empreinte de sagesse. Une connaissance qui nous fait prendre conscience du peu que nous savons et nous invite à creuser encore et encore en toute humilité pour nous avancer chaque jour un peu plus vers ce que nous sommes réellement. Des êtres créateurs. Il n’y a pas de belles ou laides créations, car toutes sont issues de ce qui vibre profondément en chacun de nous.

Il est des taches qui ont fait de magnifiques toiles, des erreurs scientifiques qui ont favorisé de grandes découvertes.

Nous intéresser à ce qui a déjà été expérimenté ne doit pas endormir notre propre créativité, nos propres facultés de réflexions. 

Alors si nous avons envie de danser, dansons. Si nous avons envie de chanter, chantons. Si nous avons envie d’étudier le nombre de vagues au cours d’une marée montante, pourquoi pas ? Créer de nouvelles couleurs, peindre, se taire, courir, qu’importe. Cela ne nuit à personne, alors donnons libre cours à nos aspirations.

Laissons enfin s’exprimer en toute liberté notre créativité. Renouons avec notre essence. Libérons nos potentiels pour le seul plaisir de créer, de découvrir qui nous sommes réellement. 

En vivant en conscience, nous faisons l’expérience de notre infinitude, et de l’infinitude de la connaissance, de notre altérité autant que de notre unicité, notre appartenance à un tout.

Cela ne nous donne aucun pouvoir sur autrui mais nous restitue celui de notre vie.

Texte et photo – Angélica Mary

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