Petite phrase lapidaire qui tente vainement de justifier auprès d’autrui, autant qu’à nos propres yeux,  ce qu’on ne s’explique pas soi-même.

Cette phrase est une porte qu’on claque au nez de quiconque, chaque fois qu’on se juge inapte à être accueilli et, en filigrane, à être aimé.  On s’est soi-même rejeté depuis longtemps et on se sent incompris.

On a recours à cette phrase « couperet » chaque fois que l’on manque d’arguments pour étayer une de nos réactions, un de nos agissements, un de nos propos qui nous déplaît et provoque envers nous-même de sévères jugements.  Une sorte de déni.

L’inverse de l’affirmation de soi.

S’affirmer c’est oser se montrer tel que nous sommes au moment où nous le sommes. Oser dire qu’on ne sait pas, qu’aujourd’hui on en est là, qu’on ne parvient pas à accueillir, qu’on se sent las, triste, impuissant, qu’on s’est trompé,  ou au contraire qu’on est joyeux sans autre raison que d’être, montrer sa légèreté, sa désinvolture, ses contradictions, etc. Nombreux cependant sont ceux parmi nous qui se retranchent derrière cette petite phrase assassine.

Assassine, parce qu’à force de se la répéter on finit immanquablement par la croire.

Assassine parce qu’elle s’inscrit en général dans un contexte plus ou moins conflictuel, à tout le moins de désaccord et qu’elle signifie à nos interlocuteurs une fin de non recevoir définitive. 

Assassine parce qu’elle fanfaronne parfois pour cacher notre détresse en piétinant notre sensibilité autant que celle d’autrui à la figure de qui on la jette.

Or, aucun de nous n’est comme ceci, ou cela de manière définitive.

Nous sommes tous des êtres évolutifs, en perpétuel mouvement.

Seul un état de panique émotionnel nous fait rejeter toute offre d’ouverture vers d’autres possibles, vers une écoute et une réflexion apaisées, vers une réflexion dont on se sent incapable. 

Seule la peur du rejet nous conduit à nous rejeter nous-même avant de rejeter les autres. 

Nous ajoutons ainsi de la souffrance à notre souffrance et à celle d’autrui.

Car chaque attitude porte en elle une énergie qui attire à elle sa semblable.

Si nous avons l’impression d’être méprisé par quiconque, nous allons aussitôt le mépriser.

Cependant si nous nous sentons méprisés, c’est bien souvent parce que nous nous méprisons nous-même, et nous sentons inaptes à être appréciés de la personne qui est face à nous.

Tout ce que nous voyons, pensons, supposons, se situe à l’intérieur de nous et pas ailleurs.

D’où l’absolue nécessité de s’accueillir soi-même tout entier, sans jugement, car alors nous abordons toute personne de la même façon, dans l’accueil et sans jugement.

Ainsi plus nous manifestons l’Amour présent en chacun de nous, pour nous-même et pour tout ce qui est, plus nous recevons de marques d’Amour d’autrui. Il ne s’agit pas là d’Amour sentimental, amoureux, mais de bienveillance, de relations harmonieuses, généreuses, joyeuses.

Nous pouvons vérifier cela à tout moment autour de nous.

Certains ont été tellement bafoués, tellement malmenés,  qu’ils ne savent répandre autour d’eux que le mépris de soi et des autres, parfois jusqu’à la haine et la violence.  Convaincus d’être indignes du meilleur, ils sèment ce qu’ils pensent qui les habite, le pire. Ils ont perdu le chemin qui mène à leur essence, à l’Amour en eux, à l’Amour d’eux-mêmes dont ils ignorent tout et qu’ils raillent pour ne pas montrer leur dépit, leur désarroi.

Nous sommes tous évolutifs. 

Ce que nous étions à l’instant, nous ne le sommes déjà plus, riches de ses quelques minutes supplémentaires qui nous ont permis de lire quelques lignes, de nous chauffer à un rayon de soleil, d’admirer une fleur précoce, de nous offrir une nouvelle réflexion, de croiser un sourire ..

Cessons de nous juger, de nous condamner et d’entraîner les autres dans notre spirale infernale. 

Cessons de penser pour et par les autres. Regardons au fond de nous ce qui s’y passe vraiment avec bienveillance.

Chacun de nous, quelle que soit son histoire peut retrouver un jour la voie qui mène à son Soi, intact.

Retrouvons le chemin de l’Amour en nous et partageons-le.  Ouvrons-nous à notre infinité de possibles. 

Accueillons-nous encore et encore, autant que tout ce qui survient et tous ceux qui « sont ».

Regardons aussi ce que  nous avons réalisé, réussi et pas seulement nos prétendus ratages. Encourageons-nous plutôt que de nous accabler.

Posons sur nous-même et sur tout ce qui nous entoure un regard empreint d’Amour. 

Car seul l’Amour et nous pouvons.

Texte et photo – Angélica Mary

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