Parfois on s’aperçoit qu’il y a un delta entre notre propos, notre compréhension des choses et notre attitude.

On se demande comment c’est possible. On a compris, on sait, mais on ne parvient pas à aligner notre comportement sur notre apprentissage. On s’en veut. On enrage, se désespère.

Parfois, certains n’ont pas conscience de l’écart entre leur conduite et leur propos. Ils sont convaincus de vivre en conformité avec leurs concepts et préceptes.

D’où peut-être la célèbre citation de Rabelais « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». 

Ce sont ceux qui nous entourent et ne comprennent pas le décalage entre les actes et les paroles, surtout s’ils en souffrent, qui pointeront cet écart.

Ils risquent alors de juger sévèrement cette défaillance qui a leurs yeux est le summum de la mauvaise foi, de même que nous nous jugeons nous-même inepte. Il n’en est rien pourtant.

C’est juste que l’information n’a pas été intégrée, pas expérimentée. Elle est restée de nature purement intellectuelle. Un peu comme une formule mathématique qu’on apprend par cœur et dont on ne percevrait pas le domaine d’application. Sortie de son contexte d’étude, on ne peut pas s’en servir.

Intégrer un apprentissage ou une information, expérimenter n’est pas à prendre au sens de faire quelque chose, comme on expérimente un saut en parachute, un voyage, une nouvelle recette culinaire, ou toute autre chose.

« Expérimenter un apprentissage, spirituel qui plus est, ou philosophique, c’est l’intégrer, le faire passer du statut de simple information à celui de « connaissance » qui fait désormais partie de soi.

Une « connaissance » nous modifie profondément. Dès lors que nous intégrons un apprentissage et qu’il devient connaissance, c’est un peu comme s’il devenait une partie de notre patrimoine génétique. 

On ne l’applique pas volontairement, au sens où on ne décide pas de changer d’attitude. De fait, en intégrant l’information nouvelle ou pas, nous devenons une part d’elle et elle devient une part de nous, indissociable. Nous ne pouvons plus agir en dehors de cette nouvelle connaissance, non pas par choix, mais justement peut-être parce que le choix ne s’offre plus à nous. Nous sommes soudain transformés. Il n’est pas rare d’ailleurs que notre comportement ait changé peu avant que nous en prenions acte, ou dans un temps quasi simultané. C’est la prise de conscience de cette modification dans notre comportement ou façon de penser qui nous révèle que nous avons intégré cette nouvelle donnée. Nous pouvons cependant changer de manière d’être sans en avoir conscience.  Il faut être très proche de soi-même, être observateur distancié de notre personnage, de nos rôles, de notre vie, dans le silence, c’est à dire sans jugement, pour voir vraiment qui nous sommes, comment nous nous manifestons au monde et à nous-même.  Nous ne sommes pas coutumiers de la simple observation,  celle qui mène à « être en conscience ». 

La connaissance expérimentée ou intégrée, n’est plus une information intellectuelle, spirituelle, à laquelle nous adhérons, c’est une nouvelle version de soi. Il n’y a plus de séparation entre la connaissance et soi, aucune croyance, pas même une certitude.

Quand nous avons intégré une information, une attitude, une conviction, elle devient « connaissance ».  Elle « est » tout comme nous « sommes ». Peut-être est-ce aussi ce que certains appellent une révélation.

Comment transformer une information, un apprentissage, en « connaissance » ? Comment intégrer, expérimenter un apprentissage, une information ? En vivant en conscience.  Seule la conscience peut nous permettre de voir quand nos actions sont alignées avec nos propos et nos pensées. Et pour être en conscience, il faut savoir quitter physiquement, ou mentalement l’agitation quotidienne, l’agitation ambiante. Savoir se retirer, prendre de la distance avec toutes choses pour les regarder loin de toute passion, avec sérénité, avec le cœur  ouvert plutôt qu’avec notre mental, conditionné, rusé, apeuré, stressé, étriqué en somme.

Alors offrons-nous du silence et de l’empathie pour ceux qui savent sans pouvoir appliquer. 

Ne jugeons pas, ni les autres, ni nous-même. Accueillons-nous et accueillons les autres. Chacun fait de son mieux, là où il en est, à chaque instant.

Offrons-nous du temps pour devenir ce que nous sommes au fond de nous-même. Car ce que nous aspirons à être, nous le sommes au fond de nous, même si nous n’avons pas encore pu le révéler ni l’exprimer.

Soyons doux avec nous-même autant qu’avec les autres et offrons-nous du temps à être. La Vie s’exprime parfaitement dans le non-faire, l’absence de mouvement, l’absence de vouloir. 

Offrons du temps libre et libéré de tout à la Vie pour pouvoir « être » chaque jour plus intensément.

Texte et photo  – Angélica Mary.

Pin It on Pinterest