Il a 4 ou 5 ans, je me suis inscrite à une « accorderie » pour proposer mes compétences autant que pour profiter de celles offertes.

Les « accorderies » sont nées au Québec pour lutter contre l’exclusion et la pauvreté. C’est un échange de services et de coopération. Il en existe peu  en France.

J’ai eu la chance d’habiter près d’une ville qui en avait une et j’ai pu découvrir  ce système.

Chacun propose ses services dans un ou plusieurs domaines.  Quand une personne a besoin d’un des services proposés et répertoriés par « l’accorderie », elle fait appel à l’accordeur, ou l’un de ceux qui proposent ledit service. En échange l’accordeur sollicité reçoit un chèque d’heures qui lui permettra de faire appel à son tour à l’accordeur de son choix selon ses besoins.

Au menu, de la mécanique, de l’écriture, des soins, des cours de soutien dans diverses matières, de la pâtisserie maison, de la couture,  de l’informatique, de la garde d’enfant, des courses, du co-voiturage, des cours de yoga… etc. Toutes les compétences sont les bienvenues et pour chacune, une seule valeur retenue, le temps passé.

Une heure de pâtisserie, ou de soin vétérinaire est donnée en échange d’un chèque de une heure. Une heure de conseil juridique à la même valeur qu’une heure de pâtisserie maison. Chaque compétence à la même valeur, celle du temps passé. A l’occasion de notre confinement, je me demande si ce principe « d’accorderie » ne pourrait se transformer en  nouvelle économie.

Nous savons que nous arrivons au bout des énergies fossiles. Il y a l’électricité, mais personne ne souhaite une centrale nucléaire au bout de son jardin ni même de son village, ou de sa ville.

Nous savons la terre épuisée par tout nos excès, les océans en perdition du fait de notre rapacité inconsciente. La pollution liée à nos modes de vie et de consommation menace la Vie chaque jour davantage. A notre ère, une partie de l’humanité meurt encore de faim faute de ressources essentielles, pendant que les autres jettent ce qu’ils dédaignent, surproduisent, « sur-achètent ». D’autres tombent sous les bombes pour l’enrichissement de quelques uns, qui gaspillent des ressources vitales de la planète. Si l’argent est remplacé par du temps passé, et qu’il n’a d’autre valeur que le temps passé, un grand nombre de problèmes ne disparaitraient-ils pas d’eux-mêmes ? Si la chasse au profit n’existe plus,  la paix ne progressera t-elle pas ? Les inégalités ne seront-elles pas réduites d’autant ? Notre système de valeur ne s’en trouverait-il pas totalement modifié ? Nos priorités ne seraient-elles pas différentes ? 

Puisque notre temps sur Terre nous est compté à tous,  chacun ferait en fonction de ses besoins et pas plus. Seules les heures utilisées auraient une valeur. Les autres seraient perdues comme le temps qu’on ne prend pas.

Il existe des lieux, « éco-lieux » qui testent une économie et des modes de vies plus juste et respectueux du vivant un peu partout en France et au-delà de nos frontières. Des agglomérations ont leurs propres monnaies pour relancer une économie de proximité moribonde.  Et si ce n’était  qu’un début, un pas vers quelque chose de totalement différent. Un monde basé sur un système d’échanges et de coopération. Un monde où une heure aura toujours la même valeur d’une heure quel que soit son emploi ?

Si on décidait dans un même temps de cesser d’augmenter notre périmètre d’exploitation de la nature ? De nombreux villages sont partout en désertification pour cause d’absence d’intérêt économique. Pas d’emploi, pas d’habitants. Pourtant en ces périodes de confinement, n’est-on pas mieux dans un jardin qu’enfermé dans un appartement ?

Si au lieu de continuer à étendre les villes on commençait par réinvestir les village en modifiant l’habitat existant pour en refaire un qui soit à énergie passive ? De nombreuses possibilités existent et sont possibles.

Voilà longtemps que je réfléchis à tout cela. Cependant, plus il y d’intelligence autour d’une table plus les projets peuvent prendre forme en toute cohérence.

Si vous avez envie de vous mettre autour de la table, si vous avez des rêves de monde meilleur et les pieds sur terre, alors peut être voudrez-vous alimenter le débat ?

Si vous êtes maire d’une commune en perdition,  que vous avez une âme de pionnier, peut-être serez-vous tenter pour faire de votre commune un lieu « test » ? Un laboratoire pour tenter une nouvelle économie, un nouveau monde et un nouvel art  du « vivre ensemble » ?

Au plaisir de vous lire.

Angélica Mary

Crédit photos – Cyrille Lubin

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