« Entre », comme une invite à entrer ou au contraire rester en cet espace qui n’est déjà plus ici et pas encore là-bas.

Ce n’est déjà plus vraiment la nuit et pourtant pas tout à fait le matin. Ce n’est pas hier ni  aujourd’hui, pas encore. Comme si le temps retenait son souffle. Comme une pause entre l’inspire et l’expire.

Entre, ces personnages qui ne sont déjà plus soi et auxquels ont reste encore un peu attachés par des fils ténus presque invisibles. 

Cet espace où l’on se meurt à soi-même pour renaître à autre chose qui sera encore soi bien sûr, mais un soi qu’on ne connaît pas. Dont on ignore tout.

On ne sera pas différent au point que notre entourage s’en émeuve, ou peut-être que si après tout. Mais surtout, nous sentons au plus profond de nous, cette mutation en cours. Une sorte de nouvelle naissance. Quelque chose est en train de mourir en soi. Ce soi auquel on s’était identifié. Rien de triste et cependant il est encore trop tôt pour s’en réjouir.

Voilà longtemps qu’on appelle cette transformation de tous nos vœux, tout en ignorant à quoi elle ressemblerait.

On a fait le tour de tous nos personnages. On garde de l’affection pour eux, même si…

On sait qu’il n’est déjà plus temps pour chacun d’eux. Certains garderont une apparence qui semblera en tout point identique, alors que leur couleur sera légèrement différente à la façon de deux bains de teintures qui ne peuvent reproduire deux fois l’exacte même teinte.

Certains autres seront totalement différents presque méconnaissables.

D’autres ne se manifesteront plus. Dans quelle proportion ? Nous l’ignorons.

Nous les observons et cette observation nous dit la distance prise avec eux, irrévocable, qui ne cesse de grandir, cependant que rien encore ne les remplace. Qui sommes-nous désormais en train de devenir ? Qui sommes nous, là, maintenant, dans cet « entre » ? Car nous sommes. Ni ceci, ni cela.  Et cependant, nous sommes. Justement, « nous sommes ». Dépouillés de tout.

Le silence s’est installé plus profondément. Une présence accrue aussi. Face à soi, le vide. Ce vide qui est soi aussi. Il nous donne envie de reculer parfois alors même que l’on sait ne pouvoir, ni vouloir vraiment revenir en arrière.  Simplement ce vide est troublant. Il réveille la peur d’être aspiré tout entier. On respire, on s’apaise. On observe. On accueille.

De quoi sera t-il fait ? Ce peut-il que nous le pressentions, que nous le sachions au fond ?

Quand nous sommes libérés de tout ce que nous avons cru savoir sur nous-même, sur notre vie, notre chemin. Quand nous avons accueilli, pas à pas, chaque jour un peu plus de lâcher chaque apparence, pour nous apparaître tel qu’en nous-même, pour rejoindre nos sens et leur laisser la place de s’exprimer pleinement. Pour retrouver notre vraie nature. Intuitive. Quand nous avons rejoint l’observateur et que s’offre à nous l’infinitude de nos possibles, pouvons-nous percevoir ce vers quoi nous allons ? Notre vision dépasse-t-elle enfin le voile de l’illusion, de nos peurs ?

De nombreuses intuitions se présentent. Elles passent. Comme une légère vibration de l’air si subtile, qu’on se demande si on n’a pas rêvé. Tout n’est-il pas là d’ailleurs ? 

Nous sommes souvent prêts à reconnaître que l’humain a des facultés extraordinaires, extrasensorielles, mais on a du mal à se compter du nombre. Nous préférons souvent accorder notre confiance à un parfait inconnu plutôt qu’à nos propres ressentis. Nous avons du mal à dépasser la croyance qu’il s’agit de dons, alors qu’il s’agit de facultés dont on se sert ou pas. Auxquelles on choisit de s’ouvrir ou pas.

Nous sommes souvent tellement dans le mouvement, le faire, et ce dès notre plus jeune âge, que nous ignorons tout de nos possibles.

De nombreuses personnes se pensent incapables de courir vite alors qu’il ne s’agit que de motivation et d’entrainement.

D’autres s’imaginent incapables de souplesse et s’aperçoivent après un ou deux entrainement avec étonnement que leur raideur n’était pas une fatalité.

Il en est de même pour nos facultés extrasensorielles. Nous sommes tous capables d’atteindre se point en nous qui sait.

Il s’agit d’entrer dans notre silence, de rester dans l’absence de faire, c’est à dire dans une présence de tout notre être de chaque instant pour que se développent nos facultés de sentir et percevoir, soi-même et tout ce qui nous entoure différemment.

Alors nous sommes disponibles pour recevoir nos intuitions.

Elles ont toujours étaient là. Mais nous passions à côté. Trop agités, occupés, absents à nous-même, pour les discerner.

Maintenant, il nous reste à accorder à nos propres perceptions, visions, la confiance que l’on place habituellement plus facilement en celles d’autrui.

Alors le vide qui nous effrayait encore il y a peu laissera place aux réponses qui nous aveuglaient.

« L’entre-deux » se transformera en invitation à entrer dans notre nouvelle réalité.

Texte et photo – Angélica Mary.

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