Qu’est-ce que la vérité ? Doit-on craindre les propos de tel ou tel autre ? Il me semble qu’il n’existe pas une vérité, mais des vérités. Rien n’est vrai ou faux. Tout est juste dans l’instant. Chacun de nous admet pour vrai uniquement ce qui est déjà en soi. Quand un livre nous parle au cœur, quand on agrée les idées de quiconque, ou les propos de tel ou tel autre, c’est que les idées qu’il défend ou expose sont déjà en nous. Mûres. Nous avons simplement besoin parfois qu’elles soient validées par un quidam ou pareillement invalidées pour raffermir notre position, notre avis.

Notre manque de confiance en soi, ou la nécessité de savoir nous remettre en cause nous amènent à douter souvent de ce que nous pensons, ou sentons.

De même,  l’émotion provoquée par une situation avec laquelle nous n’avons pas pris de distance, nous empêche parfois de voir clair en ce que nous pensons ou ressentons.

Nous sommes dans la confusion. Nous éprouvons les plus grandes difficultés à choisir, décider.

Nous nous en ouvrons alors à un tiers, proche ou non, professionnel ou non, et cela nous permet une vision plus nette de notre situation. Ce n’est pas que l’on prenne pour argent contant ce que nous dit et suggère la personne interrogée, ni même que nous lui accordions une confiance excessive et encore moins aveugle. Simplement cette personne, à ce moment-là, parvient à formuler ce qui  vibre en nous et nous échappe. Elle met en mot ce qui était encore une sensation inexprimée, presque insaisissable, comme un mot sur le bout de la langue qui nous échappe. Si cela vibre en nous, nous sommes prêts à l’entendre, à le vivre peut-être, à l’accueillir comme notre vérité actuelle et ponctuelle. La vérité est mouvante autant que notre évolution est constante. Ce que nous prenions pour juste à seize ans, nous fait sourire à trente. Nous évoluons en permanence, d’instant en instant, nos croyances, allégeances, certitudes et autres rêves aussi. Tout ce qui constitue notre vie suit le mouvement de nos remuements intimes.  

Les « autres », tous, sont nécessaires à notre évolution, à la connaissance de soi. C’est en s’observant soi face à l’autre que l’on se découvre soi-même quel que soit le rôle de cette personne dans notre vie.

Seul, sans vis-à-vis, sans contradicteur, approbateur ou indifférent potentiels, nous ne saurions pas qui nous sommes dans l’instant. Car l’instant d’après, nous pouvons déjà être autre. Notre compréhension survient sans sommation. Un instant nous avons des certitudes et l’instant d’après pour mille raisons ou pas même la moitié d’une, elles peuvent être totalement devenues caduques.

Quand nous n’adhérons pas à un propos, une suggestion d’autrui, que cela soit au cours d’une conversation, d’une lecture, ou de tout autre canal, c’est que la proposition ne vibre pas en nous. Cela ne fait pas partie de nos vérités actuelles et n’en fera peut-être jamais partie, ou plus tard.

L’autre nous aide à prendre conscience, par adhésion, indifférence ou opposition,  à ce qui est déjà en nous. 

Les personnes avec lesquelles nous sommes en désaccord sont tout aussi importantes que celles avec lesquelles nous entrons en résonnance. Il en va de même pour celles qui restent de marbre face à notre propos ou nos agissements.

Chacune à sa façon nous permet de nous situer à un instant précis de notre vie, de notre évolution.

Quand nous sommes en désaccord, en considérant que chacun peut avoir des avis différents sans que cela déchaîne les passions, alors, la proposition d’autrui nous est étrangère. Elle n’existe pas en nous, pas à ce moment-là en tout cas.

Cependant, si le désaccord provoque une colère, une révolte, une tempête émotionnelle exprimée ou non, en soi, alors nous devons nous interroger afin de savoir ce que cela nous révèle.

Le plus souvent quand nous nous élevons contre un propos, les agissements d’une personne,  que nous lui opposons des jugements sévères, voire une réelle hostilité, alors quelque chose en soi, dans nos certitudes, a vacillé. 

Nous pouvons nous raconter toutes les histoires du monde, ce qui ne nous touche pas ne provoque pas de véhémence. Au mieux nous opposons un silence poli,  de 

l’indifférence. Quand sous des dehors policés, nous nous posons en parangon de vertu pour dénigrer l’autre, et adoptons une réaction outrée, c’est que nous nous sentons en danger sur nos fondements. Nous érigeons nos fragiles et éphémères vérités en certitudes absolues tant que celles-ci sont nécessaires à notre construction ou correspondent à notre évolution du moment.  Avant d’être prêt à changer notre regard porté sur chaque chose, avant toute nouvelle expansion de notre être, nous ressentons le  besoin de bases solides, pour trouver du sens à nos existences et tenir chaque jour. Nos croyances, allégeances du moment, nos évidences inaliénables nous servent de fondation.

Tant que nous ne sommes pas prêts à faire un nouveau pas vers une nouvelle réalité, à remettre en cause valablement ce qui est notre réalité actuelle, alors nous ne pouvons pas accepter la contradiction sous quelque forme que ce soit, car elle nous rendrait à notre vulnérabilité. 

C’est en cela, que tout ce, autant que tous ceux, que nous rencontrons sur notre chemin paraît juste, car cela nous permet si nous le souhaitons de savoir où nous en sommes de notre cheminement, de revisiter nos choix et de les valider à nouveaux dans le respect de nos rythmes intimes et  possibles du moment, ou au contraire de les remettre en cause en différant ou pas la prise de décision qui en découle.

Tout ce que rencontre chacun est juste même si le résultat  n’est pas celui escompté au départ par l’intéressé ou son entourage. Chaque chemin est particulier, chaque virage a ses raisons, ses dénivelés les leurs. Ses difficultés et ses vues imprenables ont toutes leurs raisons d’être.Aucun chemin ne va loin tout droit. Rien ne peut être évité qui ne le soit. Alors laissons à chacun le choix de son itinéraire, laissons-le s’égarer et découvrir peut-être des merveilles avant de retrouver son chemin initial ou au contraire des paysages désolants. Cela ne veut pas dire, que nous devons rester un témoin silencieux. Cela veut dire qu’il faut accueillir les raisons de chacun. « Savoir dire » si cela nous semble essentiel, en douceur, et lâcher prise avec amour pour laisser « être ».

On peut aussi en profiter pour regarder en soi pourquoi les prises de conscience de l’autre nous paraissent tellement essentielles et urgentes. Peut être y trouverons-nous un évitement, un déni,  dans notre propre réalité du moment…. 

Texte et photo – Angélica Mary

photo – Ethiopie

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