L’indépendance est-elle incompatible avec un certain attachement ? Non assurément. L’attachement est une manifestation de l’affection que l’on ressent pour un être vivant, humain ou animal.

Il y a aussi bien sûr l’attachement aux biens matériels. Ce n’est pas le propos ici.

L’indépendance est le contraire de la dépendance pas de l’attachement.

Comment s’articule la relation entre l’indépendance et l’attachement ?

L’un de ceux qui nous est cher passe une période de surcharge professionnelle par exemple et ne peut donc nous offrir sa disponibilité habituelle.

L’indépendant (e) que nous sommes comprend, ne confond pas cette absence avec de la distance affective, de l’indifférence, ou une quelconque désertion de la relation. Nous la prenons pour ce qu’elle est réellement. Un manque de temps cruel et ponctuel, comme il nous arrive à tous d’en connaître.

Nous nous réjouissons que le sujet de notre affection puisse s’autoriser un peu de temps pour lui-même. Nous nous félicitons de ne pas participer à la pression  qui pèse sur celui ou celle que nous aimons. Heureux qu’il, elle, s’autorise un peu de temps pour s’appartenir et souffler, et  de lui offrir notre compréhension et notre empathie. Car l’amour a plusieurs nuances qui s’expriment tour à tour selon les diverses circonstances rencontrées en une même journée, ou sur une période plus longue. 

Dans la langue ancienne grecque, il y a quatre mots pour définir l’amour.

Dans son livre, « Qui aime quand je t’aime » co-écrit avec Catherine Bensaïd, Jean-Yves Leloup, empruntant à plusieurs traditions tout en conservant les termes et concepts d’origine grecque, en énumère dix, de « Porneïa, » l’amour soif, la dépendance,  à « Agape », l’amour inconditionnel.  Entre les deux, il y a l’amour amitié, l’amour harmonie, l’amour érotique… ect

Selon Jean-Yves Leloup, toutes ces expressions de l’amour se valent. Dans le cadre d’une relation d’amour. Nous voyageons en permanence d’un bout à l’autre de l’échelle. De ses nuances. 

S’il est bon d’exprimer l’amour sous ses différentes manifestations, il est nuisible de n’en exprimer qu’une seule et unique forme  telle que la dépendance par exemple. On peut  se sentir ponctuellement dépendant, si cela  ne dure pas, si on l’identifie rapidement, et que l’on passe à un autre aspect de l’amour.

Dans le cadre d’une relation de dépendance totale, la relation ne peut que souffrir et mourir.

Dans l’exemple de notre compagnon ou compagne, momentanément indisponible pour surcharge professionnelle, si nous sommes dépendants, nous allons créer une crise. Faire une scène, réclamer ce que nous estimons être l’attention qui nous est due, confrontant l’autre à un choix impossible, augmentant son stress et ne lui offrant d’autres possibilités que l’affrontement ou la fuite, sachant que cette dernière ne permettra pas d’éviter le conflit sur le long terme.

En outre, celui qui est dépendant, est réellement malheureux. Dans cet exemple, l’autre est contraint professionnellement, mais il pourrait l’être pour raison de santé, familliale tout simplement, ou ne plus être.

Alors celui ou celle qui  aurait développé une réelle dépendance se retrouverait totalement démuni (e) , perdu (e) et se mettrait en danger.

L’attachement à un être cher, quant à lui,  nous fera ressentir le manque de la présence aimée. Cependant, il ne s’agira pas d’une souffrance. Juste une légère tension, une sorte de désoeuvrement passager dû à cet espace soudain disponible qui ne l’est pas habituellement, et nous permettra de nous offrir ces moments précieux de tête à tête avec soi-même, sans lesquels on se perd.

Que l’on vive seul ou en couple, chacun a un besoin vital d’espace pour exprimer ce qu’il est, pour savoir qui il est, pour évoluer.

A défaut, nous fonctionnons comme en pilote automatique, sans savoir ce qui nous anime. Nos choix sont faits par défaut ou sans la distance nécessaire à une  réflexion éclairée. L’autre n’est plus aimé.  Il est là comme tout ce qui nous entoure. Nous n’avons plus notre belle présence à lui offrir en partage, car on est  absent à soi-même. On ne le voit pas plus qu’on se voit soi-même. On se vide de notre substance et on vide nos relations de la même manière.

Le temps, la vie, nous échappent par distraction, et quand on se réveille soudain, il est déjà si tard… 

L’indépendance est donc hautement salutaire pour connaître une relation épanouie, mature et équilibrée. Elle est  aussi une preuve de confiance, en soi, en l’autre et en la relation.

L’indépendance n’empêche pas l’amour, elle offre à chacun  le respect nécessaire à son épanouissement au sein de la relation.

Texte et photo – Angélica Mary

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