Nous passons notre temps à être en lutte contre nous-même pour commencer, puis nous élargissons nos griefs au monde. En lutte contre notre corps, qui sont légions, trop gros, trop petit, trop grand, trop maigre, mal proportionné, à la peau trop blanche, trop rouge, trop noire, qui ne bronze pas assez vite, qui marque, qui fait de l’acné, les yeux trop comme si, qu’on aimerait mieux d’une autre couleur, comme les cheveux qu’on colore, décolore,  frise, défrise, pas la vois qui faux, trop haut perchée, trop grave…

Lutter vaille que vaille contre l’âge, cheveux blancs, rides.

Autant de combats perdus d’avance qui épuisent et laissent leur empreinte sur les comportements, l’humeur de chacun.

Il y a aussi les luttes contre soi de manière plus générale. Contre nos envies de claquer la porte, de hurler, de chanter, de danser, de pleurer, c’est une marque de faiblesse, de rire, ça ne fait pas sérieux, d’une autre vie qu’on ose pas, l’envie de dire, de se taire, de faire, de ne rien faire, contre le sommeil, contre l’insomnie, l’envie de fumer, contre la maladie, la douleur… Lutter. Toute notre vie à lutter contre nous-même dans une bataille impossible à gagner, qui nous laisse exsangue.

Lutter contre les heures qui défilent, la journée trop courte pour la charge de travail, pour tout ce qu’on avait projeté et n’aurons pas le temps de faire, contre la journée trop longue pour notre rythme biologique, pour la vie sociale, la vie de famille,  et tout ce qu’on aura pas eu le temps d’aimer.

Puis il y a les luttes contre les autres. Contrer le voisin pour pouvoir se stationner au plus près, lutter pour passer le premier au rond-point, se faufiler dans la file pour gagner une place, en voiture, à pied, à la caisse du supermarché, jouer contre l’équipe adverse. Lutter à tout va.

Sans oublier l’éternelle lutte de classes, les luttes honorables, contre l’injustice, contre la faim dans le monde, contre la pollution, contre le froid, la canicule, contre la sécheresse, lutter contre tout et rien, sans rien changer vraiment à sa propre vie ni dans le monde,  mais entretenant une « saine colère » qui nous donne l’illusion de faire la différence quand bien même, les mêmes luttes existent depuis toujours ou presque ce qui est l’aveu de leur échec même si, ici ou là, un demi pas a été fait. On n’imagine pas pouvoir faire autrement que lutter.  Tous contre tous et contre tout, tout le temps.

Que de fatigue, de tristesse, de douleurs inutiles. Que d’énergies mal employées.

Imaginons dix personnes en lutte, peu importe contre quoi, dans une même pièce. Quelle chance y a t-il que l’ambiance soit harmonieuse, calme et détendue ?

Prenons dix personnes, dans le contentement, en paix avec elles-mêmes. Dans l’accueil total de ce qu’elles sont. Quelle sorte d’ambiance y aura t-il entre elles dans la pièce ?

Ce genre de personnes existent elles dans le monde ? Oui. Ont-elles attendu que tout leur village soit en paix pour faire la paix avec elles-mêmes ? Non

Transposons ces exemples aux 7, 7 milliards d’humains peuplant actuellement le monde.

 7,7 milliards d’humains en « lutte contre » ceci ou cela sur terre, peuvent-ils permettre une vie harmonieuse sur la planète ? Comment la paix pourrait-elle s’installer durablement si nous sommes tous animés par la croyance de l’impérieuse nécessité de lutter contre tout, tout le temps ?

« La lutte contre » nous concerne presque tous. Nous avons tous un point de lutte quelque part, sur un sujet ou un autre, avoué ou inavoué, conscient ou inconscient tant ce mode de fonctionnement est ancré profondément en chacun de nous.

Cependant, n’avons-nous jamais vu quelqu’un adhérer à notre vision alors qu’on est en lutte contre lui ?

Pouvons-nous être bien dans notre vie quand nous sommes en lutte continuelle envers nous même, le système, les autres ?

Et si nous apprenions à accueillir ? Accueillir tout ce qui ne peut être changé, notre corps, nos besoins essentiels, dormir, manger, aimer ? Et si nous apprenions à coopérer  les uns avec les autres ? Si chacun de nous, sans attendre ni regarder ce que fait l’autre, apprenait à « faire avec » et « pour », plutôt que « lutter » et « faire contre » ? Nous sommes tous l’autre de quelqu’un. Attendre que l’autre fasse le premier c’est se faire attendre par un autre. 

Comment peut-on espérer que le monde bouge d’un bloc sans que chaque individu change ?

Si chacun de nous fait un pas, pour son propre bien-être, il verra vite l’effet produit autour de lui.

Alors nous connaîtrions le contentement et le contentement est viral. Quand on est en paix, on sème la paix. Quand on est en lutte on sème la lutte. On sème ce que l’on a et ce que l’on est.

Là est le sens de l’expression selon laquelle le monde nous reflète. Il est ce que nous en faisons, ce que nous lui apportons. 

Là est aussi le sens de la citation de Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».

Texte et photo – Angélica Mary

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