Le printemps meurt à l’été, et revient à l’issue de l’hiver. Cependant sa gestation a commencé bien avant que nous n’en voyions les prémices. Nous voyons la feuille, pas la montée de la sève, pas la transformation de la graine.  Nous voyons la transformation quand elle a déjà eu lieu et que déjà il s’en prépare de nouvelles.

Quoi nous nous voyions, observions, nous ne pouvons voir qu’au présent. Nous ne pouvons pas voir ce qui est avant que cela soit. 

La mort du printemps et de toute chose n’est qu’une transformation d’un état à un autre. Un cycle. Ce que nous voyons a déjà eu lieu. Chaque instant meurt en laissant place au suivant. C’est un mouvement imperceptible, éphémère, perpétuel, comme le sont nos propres transformations.

D’instant en instant nous mourons à ce que nous sommes qui est déjà ce que nous étions. 

Nous ne voyons pas ses transformations se construire, nous ne les voyons que lorsqu’elles sont devenues tout à fait visibles, effectives, dépassées,  déjà en train de laisser la place aux suivantes.

Nous ne pouvons pas les arrêter, les empêcher, les freiner ou les accélérer. Quoi que nous fassions, nous sommes différents d’instant en instant, physiquement, psychologiquement. Nous voyons ces changements infimes  alors qu’ils ont déjà laissé place à d’autres transformations souterraines.

Chaque instant façonne, participe au résultat visible qui lui même ne dure que le temps d’un instant.

C’est à la fois trop lent et trop rapide pour une pensée désordonnée. Une idée, une action brouillonnes, indécises, ne peuvent donner qu’un résultat brouillon et indécis.

C’est un peu comme un bateau. Si on veut le faire virer de bord, entre le mouvement de la barre et celui du navire il se sera passé quelques miles qui font toutes la différences. Si nous hésitons dans la direction à lui donner et agitons la barre en tout sens, le bateau reproduira avec un temps de latence, les mêmes mouvements que ceux impulsés par la barre. Le mouvement de la barre est infime par rapport à celui du bateau soumis à son propre élan, ou pareillement à son inertie, il lui répond cependant fidèlement.

De la même manière, chacune de nos actions infimes, ont des répercutions sur notre vie dans un temps que nous ignorons.

C’est pour cela que nous n’avons pas à luter, à combattre. Car ce que nous combattons est déjà passé, déjà réalisé et donc déjà en cours de transformation, en train d’être remplacé. Il nous reste à accueillir. Car c’est dans l’accueil, dans l’observation, dans la sérénité, que nous pouvons choisir de modifier la qualité, la nature de ce que nous créons.

Les combats sont toujours vains comme il  est vain  de se battre contre l ‘été pour que le printemps revienne. Il reviendra. Le voulons-nous fleuri ? Alors nous plantons des fleurs. Le voulons-nous économe en eau du robinet ? Alors nous installons bien avant le printemps des réserves qui capteront l’eau de pluie de l’hiver.

C’est ainsi que nous dessinons notre vie.  Ce que nous vivons aujourd’hui, nous l’avons programmé par nos actions et pensées conscientes et inconscientes, depuis un temps que nous avons oublié.  Nous pouvons agir  sur nos pensées et actions nouvelles. Celles qui n’ont pas encore eu lieu, qui ne sont pas encore réalisées. Nos pensées et mouvements d’aujourd’hui ferons notre vie, notre réalité future. D’un futur dont on ne connaît pas la date. 

Tout dépend de la nature du mouvement initié. Certaines relations de cause à effet sont plus rapides que d’autres. Un petit bateau à moteur et plus « manoeuvrant » qu’un voilier,  qu’un paquebot. Il faudra moins de distance au premier  pour virer de bord.

Avant que la graine face un grand chêne à l’ombre généreuse, il faudra de nombreuses années. Il ne faudra que quelques jours pour voir fleurir une pâquerette. 

Quel que soit la pensée émise, le mouvement initié, la Vie répond fidèlement.  Elle fait son œuvre.

Texte et photo – Angélica Mary

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