Dire que nous vivons une expérience exceptionnelle est un euphémisme.

A ma connaissance rien de semblable n’a jamais eu lieu dans l’histoire de l’humanité.

Cet événement à lui seul cristallise toutes les peurs et tous les espoirs, toutes les colères et de nombreuses joies aussi. Il bouleverse tous nos codes.

Chacun vit cette situation inédite de manière différente de part ses conditions de vie, d’habitat, de travail, à l’arrêt ou pas. Il y a ceux qui continuent de travailler plus que jamais, ceux qui sont à l’arrêt total, sans indemnité, ceux avec indemnités, ceux qui télé-travaillent, etc…

Il y a ceux qui ont repris le travail, ceux qui vont le reprendre en mai, et ceux pour qui l’interdiction de rassemblements de toutes sortes vide les agendas jusqu’en 2021 en même temps que leurs ressources.. 

Indépendamment des situations professionnelles diverses et variées, il y a ceux qui profitent de ce temps vacant qui leur manque de manière tellement cruelle habituellement, pour vivre avec leurs enfants, s’occuper d’eux, lire tous les livres qui attendaient sur le chevet des jours meilleurs, ceux qui jardinent, bricolent, rangent, revoient leurs priorités… 

Ceux qui se demandent si au final, ce n’est pas juste cela vivre. Prendre le temps d’être, de faire les choses à un rythme respectueux des corps et de l’esprit.

Ceux qui se disent que ce serait bien de continuer comme cela, dans le calme, loin de toutes les agitations futiles, de la grande consommation. Ceux qui redécouvre qu’on peut vivre bien avec peu, ou en tout cas avec tellement moins que d’habitude.

Ceux pour lesquels cela ne change rien ou presque tant l’intensité de leur vie se vivait déjà dans la sobriété amoureuse du temps que l’on prend et dont on goûte chaque instant. 

Il y a tous ceux aussi pour lesquels cette promiscuité obligée avec la famille,  les voisins, l’enfermement seul ou à plusieurs, dans un lieu où on ne voit pas même un bout de ciel, ou avec une vue sur un paysage qu’on ne peut plus fouler, ont hâte que tout cela cesse.

Quelle que soit la situation des uns et des autres, chacun est dans l’expectative, dans l’inquiétude d’un demain qui devait arriver comme les autres et dont on ne sait plus rien.

L’inconnu est derrière notre porte, derrière aujourd’hui.

A la fois on voudrait que tout cela cesse et que rien ne bouge.

Comme un animal nocturne, statufié, stupéfait dans les raies d’une lumière trop vive.

Est-ce pour autant que ceux qui souhaitent la fin du confinement  veulent reprendre la vie d’avant ? Pour certains oui, pour d’autres non. Mais que mettre à la place ? Là est la grande question à laquelle peu savent répondre. Parce que jusqu’à aujourd’hui, leur vie ne leur a pas vraiment laissé le temps d’y penser, ou parce qu’elle ne leur a jamais laissé penser qu’un jour, la question se poserait vraiment.

Aujourd’hui, les événements nous placent face à une alternative. Continuer comme avant ou tout changer. On sent que tout est possible et on ne sait si on doit le craindre ou s’en réjouir. 

Chacun sent au fond de lui que rien ne pourra plus vraiment revenir comme avant même si les apparences nous le laissent croire un temps. 

Ne serait-ce que parce qu’on a pris conscience de notre fragilité. Notre toute puissance n’est qu’une illusion, un leurre de complaisance. Un virus invisible à l’œil vient de nous en faire la démonstration. Il peut nous imposer ses quatre volontés et nous priver de notre liberté, de nos habitudes, qu’on les aime ou non.

Alors aujourd’hui, chacun le sent. Nous avons une opportunité exceptionnelle de tout changer. Le monde de demain peut-être différent de tout ce que nous avons connu.

Oui mais différent comment ? A la fois, cet événement est porteur d’espoir et de désespoir tout aussi vif.

D’abord on sent que quelque chose qui nous dépasse est en train d’arriver ou peut arriver.

Ensuite, on se dit qu’un monde meilleur, oui.. Oui bien sûr qu’on le voudrait mais il  faudrait qu’on change tous et tout et on se dit que cela n’arrivera pas, que c’est impossible.

La question est donc de savoir si on attend que le monde change pour changer soi-même dans nos façons de faire. 

Savoir si notre envie de changer est supérieure à la peur de lâcher des choses que l’on aime bien de notre vie d’avant et qui ne pourraient pas nous suivre dans notre vie d’après.

Le voulons-nous vraiment ? Notre peur de l’inconnu, de regretter des choses perdues  est-elle supérieure à notre envie de changement ?

Se rassure-t-on en se disant que rien n’est possible parce qu’on ne se sent pas capable de « sauter le pas » ? Peut-être attendons-nous que tout change pour se laisser un peu le temps de profiter encore de cette vie d’avant qui ne nous satisfait pas pleinement mais à laquelle on a rien à substituer ?

Peut-être que notre colère après « les autres  qui ne changeront pas de toutes façon et rendent donc inutiles et perdues d’avance toutes velléités de changement »  est une colère contre soi-même qu’on ne sent pas capable de faire un vrai choix assumé ?

Et si on cesser de se juger ? Et si on s’accueillait pleinement y compris dans nos incohérences, dans nos atermoiements ? 

Chacun ses réalités. Chacun son chemin. Chacun ses rythmes. Nous ne sommes pas prêts aujourd’hui ? Qu’importe, nous ferons les choses quand nous le serons. Peut-être allons nous garder une ou deux choses déjà mise en place par cet événement inattendu ? Ne nous bousculons pas. Cessons de nous tyranniser et de tyranniser les autres qui ne sont ni pires ni meilleurs que nous.

Chacun avec ses rêves et ses peurs.

Cette bataille qui se livre au fond de nous est un début. L’ancien qui le dispute au nouveau. L’envie de plus « d’être » et de moins d’avoir. La peur qui le dispute à l’Amour. 

C’est déjà un début de changement. Accueillons-nous sincèrement avec bienveillance, cela rendra les choses plus faciles pour tous.

Tout viendra quand il sera temps.

Angélica Mary.

Crédit photo – Cyrille Lubin.

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