Quand on rencontre une personne pour la première fois, et que l’on sympathise, on ne se demande pas si cela va devenir ou pas une amitié durable, sincère.

On accueille le moment d’amicale complicité, l’échange d’idées, les traits d’humour. On remercie pour ce moment de partage.

Parfois on laisse au hasard l’opportunité d’une autre rencontre, parfois on la provoque. Et l’amitié doucement s’installe sans qu’on ait projeté quoi que ce soit.

On accueille l’autre. Si on l’invite à prendre un verre ou un repas, on s’excuse pour le désordre quand la visite est impromptue, parfois même on range un peu.  On lui demande ce qu’il ou elle aime ou n’aime pas pour faire plaisir. On ne s’oblige pas à aimer les mêmes choses. On accepte nos différences comme autant de richesse, avec curiosité. On n’attend rien, n’exige rien. On accueille et on offre.

Exige-t-on d’un ami une disponibilité de tous les instants? Lui demandons-nous des comptes quant il s’absente ? Quand il fait valoir son besoin de solitude ? Sommes-nous comptable des moments qu’il passe sans nous, de ses éclats de rire auxquels nous ne participons pas ? Lui reproche –t-on nos divergences de vues ?

On cherche à faire plaisir, sans rien attendre d’autre qu’un moment plaisant, de franche camaraderie, dans le respect de chacun. On découvre l’autre pas à pas, dans l’écoute, l’ouverture et la bienveillance, dans ses mots et ses silences. On respecte les limites que chacun pose sans même les dire, sans inquiétude. Une amitié nouvelle s’est toujours un cadeau du ciel.

Chacun se présente tel qu’il est, tel qu’il peut à ce moment là. Et chacun reçoit l’autre en l’état. L’amitié c’est de l’amour vierge de toutes attentes de tous enjeux.

Et si l’amour c’était juste de l’amitié augmentée ? Augmentée de peau à peau, de tendresse qui embrasse, qui enlace ? Augmentée d’une intimité partagée, dans les limites tacites de chacun, sans rien à justifier, sans rien à exiger ? Augmentée de regards complices, de mots compréhensibles seulement à l’un et l’autre ? Alors, il n’y aurait plus rien à attendre, plus rien à perdre. Chacun se rappellerait qu’il vivait  avant la rencontre, sans s’interroger sur ce que l’autre ressent, pense.  Chacun se sentirait plus riche de l’amitié de l’un pour l’autre. Nous accueillerions cette amitié augmentée comme du miel sur notre tartine, comme un cadeau inattendu,  pas comme une menace de perte quelconque.

Nous regarderions grandir, maturer, cette « amitié augmentée » comme on regarde pousser un arbre, en lui accordant le temps, notre attention, nos meilleurs soins, avec tendresse, affection.

Nous serions dans le don, l’amabilité, l’accueil sans condition, la joie.

Nous trouverions normal de nous taire quand l’un a besoin de silence, nous lui dirions « si tu as besoin je suis là » sans ressentir de frustration, en toute amitié.

Nous trouverions normal que l’un et l’autre parfois ne soient pas disponibles, même si c’est juste par envie d’être ailleurs, sans remettre en cause cette amitié si particulière, si précieuse. 

Imagine-t-on l’amitié menacée au moindre désaccord, à la moindre défection ?

Se demande-t-on jamais combien de temps va durer une amitié ? Alors pourquoi s’interroger sur la pérennité d’une histoire avant même le premier baiser ? Pourquoi s’inventer des angoisses au point de renoncer à ce qui est peut-être la forme la plus élevée de l’amitié ?

Et si nous donnions une chance à l’amour ? Et si nous l’abordions  avec cette simplicité, cette générosité, cette liberté qu’on accepte pour l’amitié sans même s’interroger, sans même y penser ? 

Et si nous entrions en amour le cœur léger?

Texte et photo – Angélica Mary

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