L’accueil est une des choses qui m’est la plus chère. Au tout début on ne sait pas trop de quoi il s’agit. On parle pus aisément de comprendre, ce qui nous arrive, ce que dit l’autre,  ce que disent et font les autres, soi-même…

Pourtant il est impossible de comprendre ce qui ne vibre pas en soi. Impossible aussi de comprendre ce qui ne fait pas partie de notre référentiel. De nombreuses choses dans la vie résistent à toutes sortes de compréhensions, d’explications.

Si je vous dis aimer le goût d’une baie, et que lorsque vous me demandez pourquoi, je réponds que j’aime son amertume, vous n’êtes pas plus avancé.

Si vous me demandez ce que j’aime dans l’amertume, je ne peux que vous répondre, l’amertume précisément.

Et à vous, qui n’aimez que le sucré, ma réponse est une hérésie ou peu s’en faut. La réalité est que nous aimons des choses différentes, que chacun de nous est animé dans la vie par des joies,  des peurs, des envies, des goûts différents.

Cela crée-t-il une incompatibilité entre les uns et les autres ? Non,  pour moi et de façon certaine, c’est une richesse et aussi une occasion d’apprendre à aimer autrement,  dans un espace plus grand, plus libre, plus juste, quelle que soit la nature de la relation, dans le plus pur respect de qui est l’autre et de qui l’on est soi-même.

Là est l’accueil. Une ouverture au monde, aux autres, à l’autre, à soi aussi dans tous nos possibles.

Nous éprouvons tous une grande joie à nous retrouver face à une personne avec laquelle nous pouvons exprimer qui nous sommes en nous sentant compris, « sur la même longueur d’ondes » diront certains, en l’absence de toute censure. C’est plaisant en effet. Cela nous arrive à tous à titre professionnel par exemple quand on échange sur un point technique avec un collègue de travail. Chacun voit exactement de quoi l’autre parle. Le sujet est totalement connu par chacun, voire maîtrisé. Pour plaisant que ce soit, cela augure-t-il une  possible entente en dehors du contexte professionnel avec nos collègues ou seulement certains d’entre eux ? Pas forcément, même si avec certains, l’entente, la compréhension, peut toucher d’autres sujets.

Dans le contexte professionnel toutefois, on trouvera normale cette compréhension parcellaire qui touche à la complicité tout en ayant très présent à l’esprit que nous ne pourrions pas nous entendre au-delà de cette relation cadrée avec cette ou ces personnes.

Cependant, dans la sphère privée, voire intime, on rêve d’être compris dans tout ce que l’on est, dans toutes nos manifestations,  dans toutes nos émotions aussi et peut-être même, surtout dans nos émotions.

C’est oublier qu’on se méconnait soi-même. Qui peut dire se connaître en entier, dans tous ses possibles, ceux d’aujourd’hui et de demain, face à toutes les circonstances que la vie peut nous proposer ?

Qui n’a jamais dit ou pensé, face à une réaction  qui l’étonnait lui-même,  « ce n’est pas moi, je ne comprends pas, je ne suis pas comme cela » ?

Avec chacun de nos proches,  amis, famille, compagnon (e), nous entretenons des relations privilégiées au sein desquelles une part, ou peut-être plusieurs aspects de notre personnalité semblent compris, quand d’autres sont tus, ignorés, non exprimables, car incompréhensibles à l’autre, aux autres.

Si en effet, nous partageons une réelle communauté de langage face à certains aspects de la vie ou dans notre manière « d’être » à la vie, nous pouvons aborder la relation en toute sérénité.  Si au contraire nous avons évolué vers des  convictions   ou comportements étrangers au clan familial ou amical, ou qui nous semblent totalement étrangers à ceux que nous aimons, alors notre relation perdra sa spontanéité et nous pourrons en concevoir du dépit, sans même savoir si nous pourrions réellement être accueilli ou pas sur cette part de nous que nous préférons taire. Le plus souvent,  ce qui nous dit  l’amour de l’autre envers soi ou, notre amour pour l’autre, est l’accueil total de soi par l’autre, total de l’autre par soi, y compris en ce que nous ne pouvons pas comprendre. De soi-même autant que de l’autre.

L’accueil, c’est pouvoir exprimer tout ce qu’on est en toute confiance, certain de ne pas être jugé par l’autre, et inversement, de permettre à l’autre d’exprimer tout ce qu’il est sans jugement aucun, par-delà toute notion de compréhension.

Je pense que la plus belle preuve d’amour, quelle que soit la nature de la relation, c’est de pouvoir dire de l’autre « il est cela aussi » .. Ce qui sous-tend, que cette part de l’autre nous est absconse, elle n’est pas « nôtre », peut-être même ne l’apprécions-nous pas, mais nous l’accueillons par amour de l’autre.

Cela ne veut pas dire qu’il s’agit d’une partie sombre de l’autre, juste une vision de la vie différente qui nous est totalement étrangère, incompréhensible.  Nous n’avons pas cette attitude en référence dans notre façon d’être à la vie.  Nous « l’accueillons », parce que nous aimons l’autre qu’il soit un parent, un ami, notre compagne, compagnon, même si nous n’aimons pas cette part de l’autre, même si elle nous heurte un peu.

L’accueil c’est le respect de l’autre. C’est l’amour inconditionnel ou presque. C’est ce qui nous permet d’élargir notre regard sur la vie, ce qui nous permet de faire reculer le jugement autant envers les autres qu’envers soi. Cela nous permet une plus grande empathie.  Cela nous  aide à ouvrir notre conscience, et à observer nos incohérences. Car parfois en effet on accepte de certains des attitudes, des actes, que l’on condamnerait, ou condamnait chez d’autres. L’accueil est selon moi le plus bel acte d’amour. Il indique à l’autre qu’on l’aime dans sa pluralité, dans toutes ses dimensions, au-delà du convenu, par-delà notre compréhension laquelle nous enferme dans un référentiel étriqué et non évolutif.   L’accueil nous permet de cesser de regarder l’autre à la loupe pour regarder enfin qui nous sommes face à cet autre. Car c’est par l’autre, les autres, dans notre manière d’être en relation à chacun, dans les émois nés de nos relations, que s’ouvre à nous la possibilité de s’entrevoir tel qu’en nous-même, singulier pluriel, en évolution constante, à l’infini. Quand on cesse de vouloir « expliquer » ou comprendre l’autre, on commence à faire connaissance avec soi.  Il s’agit d’un amour libérateur, qui permet à chacun d’être tout entier, face à l’autre, sans fard, sans crainte de qui il est aujourd’hui ou sera demain. De même, l’accueil de toutes expériences de vie nous permet de prendre la mesure de nos possibles inconnus et infinis. Cela nous permet de nous découvrir au-delà de l’image qu’on s’est forgé de soi à travers les attentes et regards de notre entourage.

L’accueil nous permet aussi d’accepter que rien ni personne n’est  fini, définitif, que tout est mouvement, que la perfection n’existe pas et qu’ainsi tout est parfait. 

Texte et photo – Angélica Mary.

Inde Kérala 2015

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