Les mots en eux-mêmes ne disent rien de vraiment essentiel, leur essentialité est ailleurs.

Il faut regarder au-delà d’eux,  ou peut-être au travers, pour voir, entendre  ce qu’ils nous dévoilent de nous-même, ce qui attend d’être perçu, reconnu, au creux de nous.

Nous n’entendons, ne voyons et ne comprenons que ce qui vibre en nous, le reste nous laisse sourds et aveugles, ou à tout le moins, indifférents.

Écoutez la « voix off » qui lit quand vous prenez connaissance d’un écrit en silence.

C’est elle qui nous révèle ce qui nous anime au moment de notre lecture, douceur, lassitude, incrédulité, incompréhension, désaccord, colère……

Sentez la vague, le frémissement au creux de votre ventre quand vous entendez ou voyez quelque chose, ce sont eux qui nous disent notre état émotionnel du moment.

Il y a le sens des mots de celui qui dit ou écrit, les images prises, ou peintes par l’artiste, les œuvres, comme autant de formes d’expression, de messages qui parlent de ceux qui utilisent ces langages, et nous le faisons tous.

Nous les interprétons à notre guise, et gravons parfois leur sens supposé dans le marbre.

En lisant, les regardant, nous écoutant, transformons le message pour le transposer dans notre réalité.

Chacun à une action de transformation sur ce qu’il regarde, écoute, vit.

Rien de ce qui survient, à l’extérieur de nous, ne nous concerne avant que nous en ayons eu connaissance, car alors nous lui donnons un sens particulier, valable uniquement pour nous-mêmes.

Celui qui s’est exprimé, l’événement que nous vivons, ne nous ne nous sont pas volontairement personnellement destinés,  et pourtant notre ressenti est si fort, par adhésion ou rejet, que l’on en vient souvent à croire qu’ils ne parlent que de nous, ne sont faits qu’à notre intention.

D’autres que nous peuvent recevoir l’œuvre, ou l’événement de manière très proche de la nôtre, sans qu’elle soit identique  pour autant, car nous sommes tous uniques.

Si on prend l’exemple d’un ciel bleu, il peut laisser indifférent celui qui dort le jour, ou vient d’apprendre une triste nouvelle, il peut même susciter la colère.

Quand on est malheureux peu importe contre qui on exprime notre courroux.

De la même façon, quelqu’un qui apprend une bonne nouvelle, tombe amoureux, peut avoir envie de danser sous la pluie.

L’événement en lui même n’est rien, tout comme les mots, le lieux, l’image, seul ce qu’ils évoquent, convoquent en nous, est important.

Chacun de ceux qui vivent l’expérience, qu’il s’agisse de lire des mots, les écouter, voir des images, des paysages, donne un sens unique à ce qu’il a rencontré, son sens personnel, sa réalité, sa propre vérité, qui dépendent uniquement de son angle d’approche, de son état intérieur, de sa fantasmagorie du moment.

La veille, une heure plus tôt, plus tard, sa perception aurait été autre.

Donc quand nous réagissons à un texte, une œuvre, un événement, une discussion, interrogeons-nous sur ce qui se passe en nous et réclame notre attention.

Il n’est rien d’autre en réalité.

Nous sommes à la fois tous liés et tous seuls comme des îlots.

L’autre, tout comme chaque événement,  est toujours une occasion magnifique de se découvrir nous-même, de prendre la mesure de nos émois afin d’entrer avec justesse en relation à tout ce qui est.

 

Angélica Mary

Illustration – Fernando Zobel

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